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NABIL ZORKOT
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Apprentissage

Dr Oualid Zahreddine:
«Former une jeunesse ouverte sur le monde»

Par Jihane Zorkot
Publié le 6 février 2026 à 10h52
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Le président de l’Université Saint-Joseph de Côte d’Ivoire (USJ-CI) expose les ambitions et la vision de son établissement international, au cœur d’un paysage éducatif ivoirien en pleine effervescence.

Dans une Côte d’Ivoire portée par une croissance soutenue et une jeunesse dynamique, la question de la formation des élites intellectuelles et des compétences devient stratégique. C’est dans ce contexte que l’Université Saint-Joseph, institution académique de référence fondée à Beyrouth en 1875, a choisi d’implanter à Abidjan une université sœur. À la tête de ce projet, le Dr Oualid Zahreddine défend une vision exigeante et humaniste de l’enseignement supérieur: des formations alignées sur les standards internationaux, étroitement connectées au monde professionnel et résolument tournées vers les secteurs clés de transformation du continent. 

AM: Pourquoi avoir choisi la Côte d’Ivoire pour implanter une structure sœur de l’Université Saint-Joseph? 

Dr Oualid Zahreddine: La Côte d’Ivoire s’est imposée comme une évidence. C’est aujourd’hui l’un des pays les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, avec une croissance solide et une jeunesse particulièrement prometteuse: près de 75% de la population a moins de 35 ans. Cette vitalité démographique est une force, mais elle représente aussi un défi. Il faut des ressources humaines bien formées, des cadres, des communicants et des créateurs capables d’accompagner cette évolution. Notre université est née de cette volonté: proposer une offre de formation exigeante, fondée sur les standards internationaux, mais adaptée au contexte local. Nous nous inscrivons dans la continuité de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, forte de plus d’un siècle et demi d’expertise académique, et nous voulons en faire bénéficier la jeunesse ivoirienne. Nous nous inscrivons également dans la volonté des autorités ivoiriennes de développer un enseignement supérieur de qualité. L’autre raison tient à l’évolution des comportements: de plus en plus de familles souhaitent offrir à leurs enfants une éducation de qualité, sans nécessairement les envoyer loin d’eux, en Europe ou en Amérique. Abidjan, par sa stabilité, son dynamisme et son ouverture culturelle, est devenue une capitale académique naturelle pour la sous-région. 

Quelle est votre vision à moyen et long termes pour l’USJ-CI? 

Notre objectif est clair: bâtir une université de référence en Afrique de l’Ouest, reconnue pour la rigueur de ses formations et son lien étroit avec le monde professionnel. Nous avons commencé avec des filières à fort potentiel d’emploi: gestion des entreprises, marketing et publicité, psychologie, sciences informatiques. Ces domaines correspondent aux besoins immédiats des entreprises locales et internationales. À moyen terme, nous ouvrirons des masters et des programmes de recherche. À plus long terme, nous visons les accréditations internationales, qui nous permettront d’intégrer les classements mondiaux. Mais au-delà des diplômes, notre vision est humaine: une formation intégrale centrée sur l’étudiant, afin de former des jeunes autonomes, responsables, capables d’esprit critique, de créativité, de leadership et d’espérance.

Vous mettez en avant des formations innovantes – numérique, communication, audiovisuel, etc. – pour l’année prochaine. Pourquoi ces choix? 

En effet, et c’est parce que ces secteurs symbolisent les transformations actuelles du continent. Le numérique et la communication façonnent aujourd’hui l’ensemble des métiers, tandis que l’audiovisuel, notamment le cinéma et les industries créatives, représente un formidable levier d’expression et d’emploi pour la jeunesse africaine. Nous voulons accompagner ces mutations avec des formations d’excellence. Pour cela, nous travaillons avec des enseignants issus du monde professionnel et avec l’Institut d’études scéniques, audiovisuelles et cinématographiques (IESAV-USJ), pionnier des études audiovisuelles et cinématographiques au Proche-Orient. Nous investissons aussi dans des infrastructures modernes et du matériel de pointe: studios, laboratoires, espaces collaboratifs. L’idée est que nos étudiants apprennent dans des conditions comparables à celles des meilleures universités internationales. 

En quoi l’USJ-CI se distingue-t-elle des autres établissements présents à Abidjan? 

Le bâtiment se situe à Treichville. JIHANE ZORKOT
Le bâtiment se situe à Treichville. JIHANE ZORKOT

D’abord, par notre héritage. L’Université Saint-Joseph de Beyrouth, fondée en 1875, a formé des générations de cadres au Liban et dans le monde arabe. Nous apportons ici cette tradition d’exigence et d’ouverture. Pour citer les mots du recteur de l’USJ, le professeur Salim Daccache, «c’est une histoire d’engagement avec le cœur et l’esprit pour la formation de dizaines de milliers de jeunes, munis de compétences professionnelles et surtout de valeurs d’honnêteté intellectuelle, d’ouverture interculturelle, d’humanisme, de foi en Dieu et de confiance en soi et en l’avenir». Ensuite, nous nous distinguons par notre ancrage dans le monde de l’entreprise. Nous avons signé des conventions de partenariat avec plusieurs grands groupes installés en Côte d’Ivoire, qui accueillent nos étudiants en stage. Ces liens nous permettent d’adapter en permanence nos programmes aux besoins du marché. Enfin, nous affichons une vraie ouverture. L’USJ-CI n’est pas une université communautaire: elle s’adresse à tous les jeunes, ivoiriens et africains, sans distinction d’origine. Notre ambition est de devenir un carrefour de talents pour toute l’Afrique francophone. 

Comment l’université soutient-elle concrètement la jeunesse ivoirienne? 

Des étudiants assistent à un cours dans une salle de classe de l’Université Saint-Joseph de Côte d’Ivoire. JIHANE ZORKOT
Des étudiants assistent à un cours dans une salle de classe de l’Université Saint-Joseph de Côte d’Ivoire. JIHANE ZORKOT

Nous voulons que chaque jeune motivé puisse accéder à nos formations. C’est pourquoi nous avons déjà mis en place un système de bourses couvrant près de 10% de nos étudiants financées par nos partenaires privés. Nous travaillons également à la création d’un fonds de bourses plus large, destiné à aider les étudiants brillants ou issus de milieux modestes. Mais notre engagement ne s’arrête pas à l’aspect financier: nous construisons aussi une véritable communauté. Le futur réseau des anciens, adossé au chapitre international des alumni de l’USJ, permettra de créer des passerelles entre les promotions, les entreprises et les institutions. Nous accordons également beaucoup d’importance à la vie étudiante, car nous pensons que l’être humain se construit simultanément à plusieurs niveaux. Nous disposons donc d’un club culturel et d’un club sportif, permettant l’épanouissant physique, mental, moral, social de nos étudiants. En plus de leur épanouissement intellectuel. 

Quel rôle l’éducation joue-t-elle dans le développement de la Côte d’Ivoire? Et quelles sont vos ambitions pour l’avenir de l’USJ-CI? 

L’éducation occupe un rôle absolument central. C’est la clé de l’avenir de notre pays et de l’Afrique tout entière. Une économie peut évidemment croître grâce aux infrastructures et aux capitaux. En revanche, elle ne devient durable que lorsqu’elle repose sur des compétences solides et des valeurs fortes. À notre niveau, nous souhaitons jouer un rôle dans JI cette transformation. En formant des jeunes gens compétents, responsables et ouverts sur le monde, nous contribuons directement au développement du pays. Notre ambition est de voir nos diplômés devenir non seulement des professionnels opérationnels et talentueux, mais aussi des citoyens engagés, capables d’innover, de créer et de transmettre. Et à l’avenir, nous espérons continuer sur cette voie. L’USJ-CI va se développer, ouvrir de nouvelles filières, renforcer ses partenariats nationaux, régionaux et internationaux. Mais notre mission restera inchangée. Notre objectif consiste à offrir une éducation d’excellence fondée sur la rigueur, la curiosité et l’humanisme.