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DRESS CODE?

Par empontie
Publié le 8 juillet 2012 à 11h47
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Shopping dans une rue de Cotonou ou de Yaoundé. Les boutiques chics proposent neuf fois sur dix chaussures et sacs assortis, inséparables à l’achat. Un saut à Bamako : les hommes y portent des costumes avec la marque apparente sur une manche de la veste, bien en vue. Séjour dans les deux Congos : ici, ce sont les vendeurs de boutons de manchettes et de pochettes qui font fortune. En Afrique francophone, y a rien à faire, on se sape. Aucune femme ministre n’aurait une seconde l’idée de débarquer à un conseil comme a osé le faire leur homologue française Cécile Duflot, vêtue d’un jean. D’ailleurs, le pantalon reste proscrit pour les dames dans certaines présidences ou locaux officiels. Et, lors des réceptions, quel que soit le milieu social, on s’habille en coordonnés fleuris ou rayés, on endimanche les enfants avec des souliers vernis et des nœuds papillons, on porte des chapeaux bleu électrique ou des robes longues scintillantes en plein jour. Dans les cocktails, on assiste du coup à des chocs vestimentaires, puisque les partenaires étrangers du continent « s’habillent » beaucoup moins ou n’ont pas toujours la même idée du « chic » superstrict. Les ensembles en lin fripé ou les dos nus osés, comme les chemises ouvertes sans cravate ou les mocassins sans chaussettes, peuvent être du dernier cri chez les Occidentaux. Et on peut voir une jeune coopérante en robe fluide beige archicourte discuter avec une épouse de ministre en tailleur long et capeline rose fuchsia. Les mauvaises langues du Nord parlent parfois de bon ou de mauvais goût, de chic ou de démodé. Pourtant, au Sud, on mise finalement sur d’autres valeurs. Peut-être sur une forme de respect. S’habiller, faire un effort, être correct et un peu « couvert », c’est un moyen de montrer à ses hôtes que l’on a de la considération pour eux. Tout simplement. Et pas sûr que l’homme d’affaires américain en jean, casquette et tee-shirt, qui négocie à Dakar une affaire en face d’un Sénégalais, lui-même venu au rendez-vous avec une cravate, soit plus « à la mode » que son interlocuteur. Même s’il est plus fortuné, plus « développé », plus ceci ou cela, il se révèle tout simplement moins courtois, surtout dans un pays étranger où la moindre des choses est d’observer les codes locaux pour s’y soumettre un minimum. Bref, contrairement à ce qu’on entend souvent, moi je crois que ce sont les Africains qui donnent le ton en matière de dress code. Ce sont eux qui ont raison. Après, c’est selon les goûts, mais c’est une autre histoire. Le truc, c’est que s’habiller, c’est faire honneur. Un point, un trait. Qu’on en prenne de la graine ailleurs !

Par Emmanuelle PONITÉ