DrÔle de CAN!
BON, AU RISQUE D’AGACER CES MESSIEURS TESTOSTÉRONÉS du ballon rond, qui accompagnent encore d’un sourire narquois les réflexions des filles sur le foot, je suis un peu étonnée du manque d’engouement, chez nos amis du continent francophone, pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN).
Certes, elle se passe en Afrique du Sud, terre anglo, peut-être un peu loin, barrière de la langue oblige, etc. Encore que... Plusieurs CAN se sont passées hors Afrique francophone et on en a entendu parler à grands bruits de crampons. Peut-être encore que deux CAN deux ans de suite, pour un événement qui se déroulait historiquement seulement les années paires, a déstabilisé les aficionados, voire les organisateurs, qui ont eu moins de temps pour peaufiner le buzz. Mais là, franchement, pas un copain qui fonce regarder le match le soir ou envoie des textos enflammés sur le score. Pas un contact au Gabon ou au Cameroun qui ne décroche pas parce qu’il est scotché devant sa télé. Pourquoi? Certes, les pays précités n’ont pas été qualifiés. Et le dernier des deux, historiquement excellent, a totalement perdu la balle depuis des années. Forcément, ça démotive les traditionalistes du jeu... Mais n’empêche. Il reste la Côte d’Ivoire pour faire vibrer nos lecteurs.
Et à l’heure où nous bouclons Am, c’est un autre événement qui est en train de se produire : l’avènement de petites équipes, neuves, pleines de pêche! Le Burkina ou le Togo seront peut-être les champions de demain, et déclencheront un engouement qui dépasse les frontières. Des nations à la vocation footballistique toute jeune et pas encore capables de générer des olas géantes dans les gradins. Surtout du côté de Johannesburg. Mais les mémorables crises de tétanie à Yaoundé lorsque les Lions marquaientunbut,ouàDakarquandceuxdelaTerangadéclenchaientuneliesse populaire et des parades opportunistes d’Abdoulaye Wade après une victoire, se retrouveront forcément ailleurs demain. À Abidjan, à Bamako, voire à Ouaga, à Lomé. Il faut s’y préparer. Attention, à l’heure où nous écrivons, rien n’est joué. Mais on sent une période charnière, où les anciens ne touchent plus un ballon et des petits nouveaux surprenants entrent tout frais émoulus dans la course. Les superstars de demain. Donc, assistons avec fair-play à leur ascension, soutenons-les, entrons dans le jeu! Regardons les matchs et enflammons-nous, que diable! Mais bon, moi je dis ça, je ne dis rien, car en même temps je ne suis pas une spécialiste. Forcément. (Même si je n’ai jamais raté une CAN depuis deux décennies, chut!) Mais sincèrement, les garçons d’Afrique francophone, je me trompe, là? C’est un vrai tournant, non?
Par Emmanuelle PONTIÉ