« Ebola, on s’en fout ! »
LE MONDE ENTIER s’émeut de l’épidémie de fièvre Ebola. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France débloquent des millions (même si la totalité du montant des promesses médiatisées n’est toujours pas distribuée à ce jour…), dépêchent des équipes médicales dans les pays touchés. L’Occident planche fébrilement sur un vaccin, renforce ses contrôles aux frontières, se protège d’un fléau qui vient d’ailleurs et qui n’a importé, somme toute, qu’une poignée de cas sur son territoire pour le moment. Bill Gates offre royalement 50 millions de dollars pour la lutte contre le virus, le milliardaire nigérian Aliko Dangote un petit million (ce qui est déjà bien !).
Mais globalement, a-t-on entendu une voix forte en Afrique ou la mobilisation efficace, audible, concrète, sonnante et trébuchante d’un chef d’État ou d’une personnalité influente de la société civile ou issue du monde du business ? Faut-il croire que la résignation, le fatalisme que l’on constate dans les quartiers ou dans les villages soit aussi tellement ancré dans l’esprit des élites du continent ?
Ça fait froid dans le dos, non ? Pas un gouvernement, pas un citoyen qui fustige la petite corruption rampante aux aéroports où l’on gl isse un bi l let pour tout obtenir, y compris un carnet de vaccination avec de faux tampons, l’abyssale absence de formation médicale suffisante et de diagnostics corrects, le dénuement total en matière d’effectifs, de structures de dépistage, d’idées adaptées de prévention, de moyens pour la recherche sur un virus !
Cette fillette malienne qui fait 1 000 kilomètres de bus en saignant du nez, sans qu’aucun des 43 autres passagers ne s’en émeuve une seconde, et qui meurt d’Ebola à l’arrivée… N’est-ce pas l’illustration d’une inconscience totale de la gravité de la situation ? Et n’est-il pas tristissime d’entendre ce chauffeur de taxi nigérian au Cameroun qui s’insurge, le pauvre, en se trompant de débat : « On meurt ici du palu tous les jours et j’ai perdu un enfant atteint de drépanocytose. Qui nous a envoyé de l’argent pour ça depuis chez vous ? Rien, parce que ce ne sont pas des maladies qui vous intéressent ou vous menacent ! Alors, Ebola, on s’en fout ! » La véritable carence, mais on l’a tellement écrit et reécrit… c’est vraiment l’état de délabrement total du monde médical en Afrique. Et l’absence de réaction adaptée, dans les faits et dans les mentalités, en est une ultime et terrible illustration…