El Mehdi
Manifeste queer
Ce fier représentant de la diaspora marocaine propose une pop multicolore d'une prometteuse densité. Talent à suivre !
5 millions de vues sur TikTok et plus de 350 000 écoutes : comment passer à côté de l'incantatoire et synthétique « El Khass Hlou » ? Depuis quelques mois, les titres du jeune chanteur se propagent grâce à la magie de la Toile et des réseaux sociaux. Quand le chaâbi croise les textures électroniques contemporaines ; quand les mélodies orientales se marient avec les pulsations dance ; quand l'anglais côtoie l'arabe et le français ; quand la fluidité impose les plus belles tonalités… Bienvenue dans l'univers d'El Mehdi. Né au Maroc, passé par la France avant de grandir au Canada, l'artiste montréalais défend farouchement son identité – plurielle, queer, passionnée des traditions maghrébines qui nourrissent son art –, lui qui écoute autant Dalida que Warda al-Jazairia, Céline Dion que Samira Saïd, Justin Timberlake que Nass El Ghiwane.
Moult inspirations, aussi bien occidentales qu'orientales, donc, qui se retrouvent aujourd'hui dans Salam, son premier EP. Sous la houlette du producteur Sun Jun (Laylow, Ramengvrl, AntsLive, Dior), bénéficiant des cordes de Drew Jurecka (entendu chez Dua Lipa), sa pop devient un lieu de rencontre entre cultures, récits diasporiques et aspirations universelles. Formé aux arts visuels, El Mehdi a tourné le clip de son morceau « Encore » en partenariat avec le musée Pierre Bergé des arts berbères à Marrakech, où il convoque artisanat, mémoire amazighe et esthétique contemporaine. À son actif, le film L'Héritier des secrets, de Mohamed Nadif, qui aborde la question de la transidentité et qui a déjà fait l'objet de présentations chaleureusement accueillies. Et c'est d'ailleurs loin des contraintes normatives et genrées qu'El Mehdi a construit sa musique. « J'ai grandi sans modèle, commente-t-il. Aujourd'hui, je construis le monde dont j'avais besoin – et j'espère que d'autres pourront s'y reconnaître aussi. »