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ENTRETENIR LES MÉMOIRES

Par ÉLIE.CHOURAQUI
Publié le 17 novembre 2013 à 23h21
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JE NE SUIS PAS RETOURNÉ au Kenya depuis l’attaque en septembre du centre commercial Westgate par les insurgés islamistes somaliens Shebabs. Quand on me demande si j’ai peur d’aller à Nairobi, je réponds que nous ne sommes pas plus tranquilles dans les rues de Paris! Le drame a montré la fragilité de ce pays multiethnique une force autant qu’une faiblesse en matière de sécurité, qui doit pouvoir compter sur ses alliés puissants : les Israéliens, les Américains et les Européens... Il faudra un jour expliquer les raisons et les motivations de cet acte de terrorisme.

J’aime le Kenya. Mes parents sont d’Algérie. Je me sens Africain. C’est le lieu d’où je viens. C’est mon continent, un lieu de force. C’est la terre nourricière, la matrice du monde. Il y a là une puissance extraordinaire. Mais l’Afrique meurt parfois de son manque d’éducation et de culture. Elle doit se créer elle-même. On ne peut pas constamment se tourner vers les autres pour obtenir ce dont on a besoin. Il y a beaucoup de richesses : du pétrole, de l’or, du gaz, du minerai. Malheureusement, son fléau, la corruption, gangrène tout. Seulement une frange de la population absolument minime en profite, se protégeant dans des voitures blindées et par des gardes du corps.

C’est formidable de connaître ses racines, sa tribu. Mais nous devons vivre dans le partage. C’est un enjeu commun pour les générations à venir. Il faut réussir à fonctionner ensemble. Ce n’est pas évident, l’Histoire l’a prouvé. L’Afrique est le continent de l’excès. En France, en mai 1968, une révolution estudiantine avait causé la mort d’une personne, victime d’un problème cardiaque. La même révolte en Afrique aurait sans doute produit des milliers de morts. Depuis plus de dix ans, j’ai choisi d’y résider en alternance, par pur hasard. Là-bas, je retrouve ce sentiment d’appartenance qui me fait dire que je suis chez moi partout, dans ces deux pays comme en Israël.

Les relations sont encore compliquées entre anciens colonisés et anciens colonisateurs. Il y a aussi le problème de l’immigration dans l’Hexagone, qui n’a pas vertu à accueillir toute l’Afrique. On ne peut pas. Il y a des différences de culture, de religion, de modes de vie, d’éducation. Les rapports s’améliorent cependant. L’armée française est intervenue au Mali, au Kenya aussi, etc. Et je reste fasciné par ces jeunes des ONG qui partent dans des conditions parfois difficiles et dangereuses pour aider des gens qu’ils ne connaissent pas, simplement dans un désir altruiste...

En France aussi, nous avons un problème ethnique. Il n’est pas clairement exprimé, mais il est puissant. La montée du parti d’extrême droite, le Front national, est inquiétante, notamment dans des lieux de la République. J’en pâtis avec mon film qui a pour thème la Shoah, L’Origine de la violence, et qui n’a pas trouvé de financement...

Comment peut-on ne pas vouloir entretenir les mémoires et l’Histoire? .

Par ́Élie CHOURAQUI (Producteur, réalisateur, auteur et scénariste. On lui doit la comédie musicale Les Dix Commandements de même que le long-métrage Ô Jérusalem, adapté du bes seller de Dominique Lapierre et Larry Collins. Il est un membre actif de l’association SOS Racisme et partage sa vie entre la France et le Kenya.)