Musique

Etuk Ubong
L’Afrique, ici et maintenant

Par Sophie Rosemont - Publié en
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L’artiste est passé par le Positive Force de Femi Kuti. DR

Avec son dernier album, le célèbre chanteur et trompettiste nigérian témoigne de nouveau de l’exceptionnelle vitalité de ses propositions solos.

«Quand vous êtes africain, vous devez réfléchir sur un passé douloureux, qui fait de notre continent ce qu’il est aujourd’hui. L’Afrique n’est pas encore libérée et doit décoloniser son esprit. Je dois donc chanter aussi bien les problèmes de l’Afrique que sa beauté, ce qu’on peut ressentir à travers mes nouvelles compositions. » Afrobeat, highlife, jazz, rythmiques ekombi… C’est ce que l’on entend tout au long d’Africa Today, qui témoigne de la richesse du parcours d’Etuk Ubong. 
 
Né il y a vingt-huit ans au sud du Nigeria mais élevé à Lagos, il a très vite compris où se trouvait son destin : « À partir du jour où je suis monté sur le kiosque pour jouer du tambour conga dans notre église locale, j’ai su que je deviendrais musicien… Ce qui s’est confirmé lorsque ma mère m’a emmené prendre des cours auprès du trompettiste de la paroisse. » Il est encore adolescent, mais c’est la révélation. Il étudie ensuite la musique au lycée et à l’université, avant de faire ses débuts auprès de l’une des plus grandes figures du highlife, Victor Olaiya. Plus tard, il rejoint le groupe Positive Force de Femi Kuti et multiplie les collaborations (de Nduduzo Makhathini à Theon Cross), tant et si bien qu’il ouvre son propre club, The Truth, à Lagos, où il ne rechigne pas à donner quelques concerts… La performance scénique, c’est ce qui anime Etuk Ubong depuis ses débuts. Mais le travail de composition lui est précieux et, sur Africa Today, l’enregistrement a aussi été une partie de plaisir : le label Night Dreamer l’a convié au studio néerlandais d’Artone, situé au-dessus d’une usine de pressage. Entouré de musiciens locaux et britanniques, ainsi que du trompettiste nigérian Michael Awosogo, l’artiste a immédiatement pu graver sa musique, sans façonnage dispensable, préservant toute son énergie live. 
 
De quoi renforcer la puissance de titres militants comme « Mass Corruption », «Spiritual Change » ou « African Struggle », et d’un style musical qu’Ubong appelle « earthmusic » : « Dans le contexte africain, les politiciens sont élus non pas au mérite mais par toutes sortes d’intérêts égoïstes. Le Nigeria est indépendant des supposés oppresseurs et maîtres coloniaux depuis soixante ans, mais nous n’avons toujours pas de système éducatif de qualité, d’électricité stable, de routes fiables, d’emplois garantis, d’établissements de santé dignes de ce nom, de sécurité assurée pour les citoyens… C’est pour cette raison que je porte la voix des opprimés contre tous les méfaits de notre société. » Ubong président ? On est pour ! ■ S.R.