Face à l’indifférence
Le livre d’Omar El Akkad est un miroir tendu à l’hypocrisie collective face à la tragédie de Gaza.
«Chaque paragraphe du texte d’El Akkad est un petit diamant incisif, parfaitement taillé, dont la précision met un peu d’ordre dans nos idées, et dans le chaos sanglant de ce monde.» Dans sa préface, la journaliste et essayiste franco-suisse Mona Chollet cisèle sa critique d’Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça. Une critique subtile et un titre choc, faisant référence à ce «type très spécifique de centriste modéré, qui va lever les yeux de temps en temps pour voir où se situe l’équilibre de la “bonne société”», selon les mots de l’auteur. Né en Égypte, celui dont le premier roman, American War (Flammarion, 2017), a été désigné par la BBC comme l’un des cent romans à avoir façonné notre monde vit aujourd’hui aux États-Unis, en Oregon. Depuis fin 2023, l’écrivain et journaliste observe quotidiennement la vie des Gazaouis et les horreurs qu’ils subissent. Mêlant le récit de ses expériences personnelles et une analyse socio-politique incisive, il interroge ici les postures morales vidées de sens, la passivité des progressistes, l’oubli organisé. S’il propose des éclaircissements sur le profond décalage entre nos valeurs, sans cesse identifiées et revendiquées, et leurs applications réelles, si différentes, il clame aussi sa désillusion face au libéralisme occidental. Et face à l’indifférence. Dès la première phrase, l’essai d’El Akkad nous absorbe – «Elle est de la couleur du brouillard quand ils la trouvent, elle croit qu’elle n’est plus…» – sans jamais nous lâcher. La tragédie de Gaza remet ainsi en question notre rapport au monde. Et à l’autre.