Humble et ambitieux
Sur une carte du continent, très déformée, on pourrait ainsi superposer la Chine, les États-Unis, le Japon, les vingt-sept pays de l’Union européenne, et il resterait encore de la place. Une immensité très hétérogène en termes de richesses minérales, d’accès à l’eau, de contraintes climatiques… Cette géographie doit nous inviter à l’humilité.Les grands programmes de construction d’infrastructures – voies ferrées, routes, réseaux de fibre optique… – demeurent essentiels. On sait que l’exigence agricole restera forte, tant sur le plan de la production qu’en termes de transformations locales. Et que l’eau, qui ne peut être idéalement répartie, sera sans doute le principal défi à résoudre si l’on veut éviter nombre de conflits d’ores et déjà prévisibles. On se souvient de la phrase prononcée par le président égyptien Anouar el-Sadate en 1979, peu après les accords de paix avec Israël, selon laquelle « l’eau serait le seul facteur qui pourrait déclencher l’entrée en guerre » de son pays. L’Afrique, c’est aussi la perspective de 400 millions d’habitants supplémentaires dans les vingt ans à venir, près de 1 milliard en plus d’ici à 2050, soit une population totale de 2 milliards de personnes, supérieure à celle de l’Inde ou de la Chine… À ce moment, le continent sera trois fois plus peuplé que l’Europe, alors qu’il l’était près de trois fois moins au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Un individu de notre planète sur cinq y vivra, contre moins de un sur dix un siècle plus tôt… Pour les investisseurs, le marché africain n’est plus ignoré. Pour les institutions internationales, il représente un terrain d’études et d’analyses inépuisables (la mention « colloques sur l’Afrique » est florissante). Quant aux responsables politiques, il leur impose une exigence particulière en termes d’éducation, de santé, d’emploi et aussi de démocratie. Car nul ne peut douter que l’avenir s’écrira en rupture avec nos schémas actuels de société, notamment Pour toutes ces raisons, la démographie doit conduire à plus d’ambition pour l’ensembledu fait de l’accès progressif aux technologies de l’information et aux réseaux sociaux qui va transformer radicalement et plus rapidement qu’on ne le pense les rapports humains. De la même façon, l’exode rural s’accélère un peu partout, alors que l’émergence de classes moyennes urbaines, bien réelle, demeure insuffisamment rapide. des acteurs concernés par le sort du continent. Chacun sait désormais que les Objectifs du millénaire pour le développement ne seront pas atteints, la famine qui sévit dans la corne de l’Afrique vient nous le rappeler cruellement. Si les bonnes volontés ne manquent pas du côté des organisations régionales et internationales (ONU, Union africaine, Banque mondiale, Nepad, etc.), leurs efforts demeurent souvent obscurs aux yeux des populations et à ceux des responsables locaux. Si la géographie m’impose donc d’être humble, et la démographie d’être ambitieux, ces deux facteurs me conduisent aussi à suggérer que soient affichés des projets universels simples à communiquer, fédérateurs d’initiatives publiques et privées, locales ou internationales. Je rêve par exemple que, d’ici à 2020, chaque village africain de plus de 2 000 habitants dispose d’une école, d’un dispensaire, et ait accès à un point d’eau et à une connexion téléphonique et Internet. Le nombre est discutable, tout comme chacun des quatre objectifs. Mais peut-on réellement, à l’horizon d’une décennie, renoncer à l’ambition de satisfaire aux droits élémentaires des populations, qui sont de pouvoir se nourrir, apprendre, se soigner et communiquer avec le monde extérieur ? Je ne le pense pas.
Par PAR Marc Rennard (Directeur exécutif Afrique, Moyen-Orient & Asie France Télécom Orange)