Ibrahima Coulibaly:
«Les paysans réagissent souvent plus vite que les autorités»
Avec la guerre au Moyen-Orient, l’Afrique subit les conséquences d’une crise mondiale pour la troisième fois en six ans. La souveraineté alimentaire serait le seul rempart efficace contre la valse des prix des céréales, de l’énergie et des engrais. Ibrahima Coulibaly, président du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), appelle à un sursaut.
AM: Chaque nouvelle crise souligne l’urgence de la souveraineté alimentaire. Pourtant, les importations de céréales ne cessent d’augmenter. Comment l’expliquer?
Ibrahima Coulibaly: Ce n’est pas le manque de cultures ou de diversité des récoltes qui empêche aujourd’hui la souveraineté alimentaire en Afrique, mais bien l’absence d’investissements dans la production agricole vivrière locale. L’Afrique importe des millions de tonnes de blé, alors qu’elle pourrait très bien produire des variétés adaptées. Par exemple, la région de Tombouctou produisait jusque dans les années 1980 environ 50000 tonnes de blé, mais les autorités ont préféré importer de la farine de blé européenne! Le Mali aurait pu devenir autosuffisant s’il avait investi dans l’irrigation. Nos chefs d’État manquent de vision à long terme. Au Kenya, le président a introduit dès son investiture [en septembre 2022, ndlr] le maïs OGM. Or, les paysans africains...