Imarhan
Touareg Spirit
Entre héritage ancestral et expérimentations électroniques, le groupe de Tamanrasset continue de dessiner les contours de la musique berbère.
«La musique nous donne la liberté d'expérimenter», affirme Sadam, le chanteur et guitariste d’Imarhan. Du haut des dunes de Tamanrasset, le quintette enturbanné œuvre, depuis 2006, à dynamiser le desert blues dans le sillage du désormais légendaire Tinariwen. Tout en imposant sa propre identité. Autour de Sadam, Tahar Khaldi (basse), Haiballah Akhamouk (percussions), Hicham Bouhasse et Abdelkader Ourzig (guitares) cultivent avec dextérité un assouf teinté de psychédélisme d’inspiration américaine . Sans jamais perdre de vue leurs origines sahariennes. Essam signifie «éclair » en tamasheq. Et il incarne son patronyme depuis «Ahitmanin», le premier titre aux pulsations contagieuses, jusqu’à la planante conclusion d’«Assagasswar». L’album alterne ballade s tendres, comme «Tamiditin», et démonstrations de riffs fiévreux («Tin Arayth», aux chœurs galvanisants). Enregistré dans le studio Aboogi et produit par le Français Maxime Kosinetz, avec l’aide d’Émile Papandréou (du duo synth-pop UTO), Essam mêle synthés modulaires, boîtes à rythmes et samples, notamment de calebasses, conférant au disque une densité doublée d’une grâce poétique. Sur cet opus à la fois immédiat et qui se laisse découvrir, les femmes de Tamanrasset brillent aux cordes de l’imzad et du tambour qu’est le tindé, mettant en relief leur place centrale dans la société touareg, en dépit d’un patriarcat toujours persistant au sud de l’Algérie. Car Imarhan puise dans l’actualité, comme le veut l’assouf, né dans le s années 1970 afin de porter la mémoire et les luttes du peuple touareg. De quoi rappeler que la tradition n’es t pas toujours là où on l’attend, car elle n’est jamais figée. Un album électrisant, forcément, mais aussi fédérateur… Ce dont nous avons, plus que jamais, cruellement besoin.