Aller au contenu principal
Editos

Vaccins et complotisme

Par Emmanuelle Pontié - Publié en avril 2021
Share

C’est la guerre ! Celle des vaccins contre le Covid-19… Les États-Unis, l’Europe, la Chine, la Russie fabriquent les produits, livrent ou ne livrent pas les doses à X ou à Y, et il n’y en a jamais assez pour tous. En Occident, depuis janvier dernier, c’est la course. Les campagnes vaccinales doivent aller vite, enrayer les seconde et troisième vagues de coronavirus qui émergent un peu partout. Et chacun cherche sa dose. Grâce, entre autres, au programme Covax, le dispositif d’accès mondial pour un vaccin contre le Covid-19 – auquel participent 172 pays dans le monde –, l’Afrique a commencé à recevoir des petits lots du précieux sérum au cours des dernières semaines. Et certains États ont commencé à piquer : le Rwanda, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Ghana…

DOM
DR

À l’heure où l’on n’a plus trop vraiment d’autre choix que de s’immuniser collectivement pour que cette pandémie régresse – y compris si on est contre les vaccins en général –, il est assez sidérant d’entendre de-ci de-là dans les quartiers des capitales africaines, des croyances et rumeurs toutes aussi folingues les unes que les autres… À Douala, on croit dur comme fer que l’hydrochloroquine, qui se vend partout, y compris dans les marchés informels, est un pare-Covid bien meilleur que le vaccin, confondant allègrement traitement et prévention… À Dakar, on pense que ce vaccin fabriqué par « les Blancs » est un moyen d’injecter le virus aux Africains, pour contrôler la démographie… À Libreville, plus fort, on injecterait des puces et des nanoparticules activées par la 5G, dans le but de… on ne sait pas trop ! On entend encore de-ci de-là que les Africains serviraient de test, et on ressort le vieux slogan « Nous ne sommes pas des cobayes ».

À ces colporteurs – sur la Toile d’abord bien sûr – d’inepties en tout genre, il faudrait rappeler que dans quelques mois, si le monde se vaccine au nord et pas au sud, des millions d’Africains risquent d’être bloqués chez eux, exclus de la reprise, d’un retour à une vie meilleure. Et il faut arrêter à chaque fois de se tromper de combat. Il vaudrait mieux descendre dans la rue pour prendre enfin un train en marche, exiger que les vaccins soient généralisés, distribués à tous, et vite. Qu’ils aient été fabriqués par des Occidentaux, des Africains ou des Asiatiques est définitivement un faux débat. C’est bien connu, complotisme et obscurantisme vont de pair. Hélas.

 

Dans la même rubrique

Alors voilà, les vacances arrivent ! Chouette ! Je vois déjà les Africains fortunés rêver de leurs destinations habituelles : Dubaï, Paris, New York, Marrakech… Et se réjouir à l’idée de ne rien faire, loin des tracasseries locales du quotidien, des sollicitations incessantes de la famille proche ou éloignée, des réunions politiques interminables ou des chéries toujours plus capricieuses. Eh bien, justement, et si cette année, on changeait de braquet ?

Publié en juillet 2021

La lutte contre le Covid-19 est loin d’être finie, et dans le monde, et tout particulièrement en Afrique. Le continent, qui a su faire preuve de résilience et de responsabilité depuis mars 2020, reste phénoménalement fragile devant la pandémie. L’économie a été touchée de plein fouet. Une troisième vague, alimentée par le variant Delta, est en cours, notamment en Afrique australe et en Afrique de l’Est.

Publié en juillet 2021

Goma. Capitale du Nord-Kivu. RDC. Déjà, juste ces quelques mots, ça commence mal… Si on faisait un sondage mondial pour demander où ça se trouve, peu de gens seraient capables d’y répondre. En Afrique, on connaît bien. Depuis des années, Goma et ses environs sont le sinistre et incessant théâtre de conflits, violences, viols et déplacements de populations. Dans l’indifférence quasi générale. Fin mai, cerise sur le gâteau, le volcan Nyiragongo a fait irruption dans le paysage miséreux de la région. Dans la petite ville de Buhene, entre 900 et 2 500 habitations ont été englouties sous la langue de lave rocheuse du monstre géologique en éruption. Et près de 400 000 personnes ont dû quitter précipitamment la capitale régionale, baluchon sur le dos, vers des camps de réfugiés… que l’on promet d’aménager. En RDC et au Rwanda aussi. La Croix-Rouge et quelques ONG alertent, prédisent un drame humanitaire sans précédent.

Publié en juin 2021