Jean Omasombo
« L'Occident n'a pas créé Mobutu »
De 1965 à 1997, Mobutu Sese Seko a régné en maître sur le Zaïre, actuelle RDC, entre héritage de Lumumba, influence occidentale et logique néocoloniale. Derrière le dictateur se cache un habile politicien, qui a su jouer des rivalités internationales pour conserver le pouvoir. Le politologue congolais Jean Omasombo analyse les ressorts de ce système.
Pendant trente-deux ans, de 1965 à 1997, Mobutu règne d'une main de fer sur le Congo. Répression sanglante de son peuple – des dizaines de milliers de morts –, instauration d'un parti-État avec le Mouvement populaire de la révolution, pillage des richesses du pays au profit de lui-même et de son élite… Le dictateur est aussi un fin stratège, qui a su construire un jeu d'alliances sur la scène internationale pour demeurer au pouvoir. Soucieux de garder leurs intérêts économiques et géostratégiques après l'indépendance de ce pays aux ressources minières immenses, en 1960, les Occidentaux soutiennent ce tyran, placé à la tête de l'État par les Américains, tout au long de son règne. Complice de l'assassinat, en 1961, de Lumumba, Premier ministre qui lutte pour une réelle indépendance, Mobutu récupère son héritage concernant la grandeur du pays et la souveraineté, notamment avec sa politique de l'authenticité. Ambivalent, assoiffé de pouvoir, il combine discours décolonial et logiques néocoloniales. Ainsi, il est le fils de Léopold II et de Lumumba, selon le politologue congolais Jean Omasombo. Professeur à l'Université de Kinshasa, auteur d'une biographie de Patrice Lumumba et de Zaïre, la transition manquée – 1900-1997, il intervient dans le documentaire Mobutu, maître du jeu, qui retrace l'itinéraire du despote, et analyse avec acuité la violence des rouages du « système Mobutu ». Jean Omasombo a aussi été expert et conseiller pour la Commission d'enquête parlementaire belge (2000-2002) sur l'assassinat de Lumumba, ainsi que chercheur au sein du Musée royal de l'Afrique centrale à Tervuren, en Belgique.
L'héritier de Léopold II et de Lumumba
« Mobutu est spécifique dans l'histoire du Congo, si on le compare aux quatre autres présidents qui l'ont précédé et succédé : il a compris les réalités de son pays avant d'accéder au pouvoir. D'origine ngbandi, il n'appartient pas à une grande ethnie connue. Son apprentissage scolaire est très court, mais il s'instruit en autodidacte ; c'est le prototype de Lumumba. À l'école primaire, les missionnaires catholiques belges l'offrent à l'armée, et il en sort sergent-comptable – pas vraiment soldat. Assez vite, en 1956, encore sous la colonisation belge, il quitte l'armée pour devenir journaliste. C'est là qu'il approche Lumumba et son parti politique, le Mouvement national congolais, à sa création, à la fin de l'année 1958. À la Table ronde de Bruxelles, du 20 janvier au 20 février 1960 – première réunion politique réunissant Belges et Congolais –, Lumumba s'attache à Mobutu plutôt qu'à l'élite livresque, tandis que toutes les autres délégations congolaises se voient imposer des conseillers blancs. Mobutu admire chez Lumumba son sens de la dignité, sa fierté d'être Congolais. Mais il s'écarte résolument de sa rigueur et de son idéal d'indépendance. Auprès de lui, il construit son image d'acteur de la décolonisation et, auprès de l'Occident, il offre son pays et l'Afrique à la néocolonisation. Il a une fascination pour le pouvoir blanc et la reconnaissance occidentale. Et, malgré sa carrure imposante et sa voix qui porte, il est peureux – son habitation se trouve à l'intérieur du camp de soldats parce qu'il veut être protégé.
Secrétaire d'État, puis chef d'État-major
Lumumba choisit Mobutu parce que ses connaissances ne se limitent pas à la théorie, à un diplôme ; il mise sur le savoir réel, il puise son niveau d'informations et de connaissances dans la lecture, les journaux, la radio. Ce choix de Lumumba est l'élément qui pousse les Américains et les Belges à s'intéresser à Mobutu. Quand ils écoutent ses convictions, sa manière de s'exprimer, de défendre ses arguments, ils sont émerveillés par cet individu qu'ils ne connaissent pas réellement. Comme Lumumba, Mobutu n'est pas passé par leur école ; il a évité leur éducation chrétienne et il les a surpris. L'Occident n'a pas créé Mobutu ; c'était un homme intelligent, mais aussi rusé et malin. Il reste longtemps aux côtés de Lumumba – même s'il côtoie les Occidentaux –, jusqu'à ce qu'il comprenne que celui-ci est condamné. Si Lumumba a amené Mobutu dans le jeu du pouvoir, ce dernier a vite compris qu'en politique, avoir raison n'importe pas. Lumumba a raison, mais il n'a pas le pouvoir. C'est l'Occident qui donne le pouvoir réel. Alors Mobutu le choisit, au détriment de ses idéaux.
L'accession au pouvoir
À ses débuts, ce sont les Américains qui le propulsent, notamment Larry Devlin, premier chef de poste de la CIA à Léopoldville (Kinshasa) en 1960, tandis que deux officiers, le colonel belge Louis Marlière et le général franco-marocain Benhamou Kettani, l'encadrent. Mobutu apprend vite. Intelligent, il sait comment manipuler les gens. Il voit la politique comme un jeu dont il est l'acteur dominant. S'il n'est jamais celui qui prend véritablement les décisions, il sait endosser une souveraineté forte. Lorsqu'il devient chef de l'État, il gagne vite l'estime du peuple pour avoir restauré le Congo unitaire et imposé son autorité. Comprendre Mobutu nécessite de savoir comment il se situe entre l'Occident et Lumumba. Tout au long de son règne, il s'attaque aux symboles coloniaux et, pourtant, au-delà de son discours nationaliste, il est engagé dans une trajectoire pro-occidentale. À plusieurs occasions, il se joue de la Belgique, une nation européenne faible, mais utile : elle est la seule puissance occidentale qui connaisse réellement le Congo et qui puisse jouer un rôle dans sa décolonisation. Face à ce pays vaste et riche, les pouvoirs belges et américains s'allient. Les premiers cherchent à sauvegarder leurs avantages coloniaux. Les seconds perçoivent le Congo comme une clé stratégique : l'uranium utilisé dans les bombes larguées sur le Japon marque déjà les esprits. Le film documentaire Mobutu, maître du jeu s'ouvre sur son discours à la Tribune de l'ONU en octobre 1973, alors qu'il dénonce la domination coloniale et l'impérialisme. On croit trouver en lui un autre Lumumba. Mais Mobutu est plutôt un Machiavel. Alors même qu'il a joué un rôle dans l'assassinat de Lumumba, il le déclare « héros national » au moment de sa prise de pouvoir – une manière de souligner l'origine de son apprentissage politique.
Un maître du jeu politique
Sa force, c'est de comprendre le jeu politique international. En 1972, il crée une brigade formée par les Coréens du Nord en pleine guerre froide. Il se rapproche de la Chine de Mao et de la Roumanie de Ceausescu. Ce sont les Chinois qui construisent le palais du Peuple, le stade de Kinshasa, un troisième palais de Mobutu à Gbadolite et d'autres grands ouvrages. Il profite de la grandeur et des richesses du Congo, il courtise tout le monde. Malheureusement, dans ce jeu-là, il sacrifie le pays et privilégie ses intérêts personnels. Mobutu ne respecte personne sur cette terre, sauf sa maman, Yemo – il a grandi sans père. Il joue avec tout le monde. Il s'attache à une personne d'abord par opportunisme, pour son pouvoir. Toute sa vie, il agit en fonction de ses intérêts, et non de ceux de l'État congolais. Les richesses de son pays deviennent les siennes. À quelques reprises, son pouvoir se trouve en difficulté. Mais face aux opposants congolais qui demandent son départ, les troupes belges, françaises et marocaines interviennent, avec l'aide militaire américaine. Mobutu réussit à créer un réseau dans le monde entier pour asseoir sa puissance.
Le choix des Américains
Le patron de la CIA au Congo, Larry Devlin, décide de faire de Mobutu le chef de l'État. Dans ce pays, on ne prend pas le pouvoir : on le reçoit. Mais Devlin répète que Mobutu, jusqu'en 1960-1965, n'est pas un agent de la sûreté américaine. Les États-Unis paient Mobutu, certes, mais ne lui dictent pas ce qu'il doit faire : ils font des affaires avec lui, et il reçoit sa part du butin. Jusqu'en 1960, au moment de l'indépendance, les États-Unis ne connaissent pas grand-chose du pays. Les informations qui leur parviennent proviennent de Belgique. Le Congo est alors une colonie du silence. « Pas d'élite, pas de problème », tel est le principe de la Belgique. Elle ne souhaite pas former d'élite : le Congo est la colonie de la chicotte avec laquelle on règle tout. Elle pense maintenir ainsi la population sous son joug. Elle croit, à ce moment-là, que l'indépendance du Congo n'interviendra que cinquante ou cent ans plus tard. L'indépendance intervient finalement à une vitesse inédite dans l'histoire du monde. Du fait de son ignorance politique, le pouvoir colonial ne perçoit pas les signaux, les soulèvements du peuple pour sa liberté. L'évolution politique est pourtant inéluctable.
Un État propriété privée de Léopold II
Lors de la conférence de Berlin de 1884-1885, les territoires africains deviennent des colonies, tandis que le Congo devient la propriété, le bien, de Léopold II jusqu'en 1908. Puis le pays devient une colonie belge, en principe. Mais en réalité, la famille royale belge continue d'exercer une ascendance importante sur le pays. Le roi Baudouin souhaite maintenir un lien fort et personnel entre la Belgique et le Congo. Lumumba lutte contre ce principe, car le pays n'appartient pas aux Belges. Il dénonce également les mensonges, les vols et les pillages des colons. Le discours du roi Baudouin, le 30 juin 1960, à Léopoldville, lors de la proclamation de l'indépendance, glorifie la colonisation, laquelle avait permis au pays de se « civiliser », d'obtenir des routes, etc. Le Congo d'aujourd'hui a été déterminé par la gestion mise en œuvre sous Léopold II. Le territoire devait courir de l'océan Atlantique à l'océan Indien. On a d'abord délimité un espace sans chercher à savoir ce qui s'y trouvait – des royaumes, des empires, des clans, des réalités différentes…
Complice de l'assassinat de Lumumba
En participant à l'exécution de Lumumba, face à l'Occident, Mobutu s'élève en gagnant le pouvoir, mais face à l'histoire, il se pénalise. L'Occident craint Lumumba. Mobutu devient un homme indispensable pour l'éliminer. Est-ce Mobutu qui tue Lumumba ? Oui et non. La Belgique planifie son exécution et gagne en Mobutu un allié important. C'est ma théorie. Mais, même s'il trahit son compatriote, les idées de Lumumba ne quittent jamais Mobutu tout au long de sa carrière. Il critique l'Occident, comme lors de son discours prononcé à l'ONU en 1973, où il dénonce la colonisation et le traitement infligé aux Africains, réduits en bêtes de somme. Avec sa politique de l'authenticité, il retire les noms chrétiens, les codes vestimentaires occidentaux. Il insulte et humilie la Belgique publiquement en remplaçant le nom du pays, rebaptisé Zaïre. Il fait détruire les monuments représentant Léopold II, Baudouin, etc. Son prénom chrétien, Joseph, est sacré et le relie à Dieu. On lui dit alors que son nom, Mobutu, ne vaut rien – un nom païen, issu de Satan. Il se l'approprie. Il devient alors Mobutu Sese Seko, soit « Mobutu l'éternel ». C'est ça, l'authenticité ? On voit bien la tromperie. Mobutu mène la politique en fonction de sa personne. L'État n'existe qu'à l'aune de ses intérêts. C'est le maître du jeu, l'animal politique égoïste.
Préserver les intérêts économiques des Occidentaux
Mobutu joue avec tout le monde, sauf avec les Américains. Ce n'est pas lui qui est derrière le coup d'État de 1965, mais le patron de la CIA, Larry Devlin, et l'ambassadeur belge, qui l'organisent depuis sa résidence. Et Mobutu est placé, ou imposé, au pouvoir. C'est un homme très habile, en qui les Occidentaux trouvent un grand nombre de qualités. Il reste donc redevable envers les Américains jusqu'à la fin de son règne. À partir des années 1980, les Occidentaux lui font de nombreux avertissements. Plus d'une fois, Mobutu dit à propos des Américains : s'ils veulent que je parte, je partirai. Sur le podium des Nations unies, en 1973, il aborde par exemple la question de la Palestine et du monde arabe. Il coupe immédiatement les relations diplomatiques entre son pays et Israël. Comment un pro-occidental, soumis aux USA, peut-il prononcer pareil discours ? Le secrétaire d'État américain, Henry Kissinger, aurait confié que s'il avait eu connaissance de celui-ci, Mobutu ne l'aurait jamais prononcé. Toucher aux extrêmes pour se maintenir au pouvoir fait partie de son mythe.
Une vie de démesure
Le bilan de ses trente-deux ans de règne, c'est la captation des richesses pour lui et la petite élite qui l'entoure, et la préservation des intérêts américains et belges, au détriment du peuple congolais. Mais Mobutu n'a jamais été aussi riche qu'un Tshisekedi aujourd'hui ou un Kabila hier. Et il ne compte pas son argent. Palais opulents, réceptions fastueuses, petits déjeuners au champagne… Il vit dans le luxe. Il entend imiter Léopold II, le roi Baudouin, reproduire le palais royal de Laeken en construisant son premier palais à Gbadolite. Avec sa toque à motif léopard, tel un vieux chef africain, ses marabouts et autres, sa politique de l'authenticité, il est le fils de ses deux parents ennemis, Léopold II et Lumumba.
Un règne pavé de répressions sanglantes et de massacres
L'Occident est en partie responsable de la dictature de Mobutu et de la crise du Congo. Les services de sûreté belges et américains travaillent pour lui. L'argent du Zaïre sert à payer ces services de renseignements. Mobutu ne compte plus l'argent. Et il est prêt à tout pour rester au pouvoir. Au Katanga, lors de la deuxième guerre du Shaba en 1978, une force rebelle s'empare de la ville de Kolwezi. Des centaines de personnes, parmi lesquelles de nombreux Européens, sont tuées. L'Occident finit par intervenir à la demande de Mobutu. Mais qui a tué ces Européens ? On découvre plus tard que ce sont les soldats de Mobutu, afin d'amener l'Occident à le maintenir au pouvoir. Les Français auraient probablement dû mener des enquêtes et trouver les vrais responsables. Or, lors du massacre des étudiants de Lubumbashi, en 1990, ce n'est pas l'armée de Mobutu qui est responsable. C'est un problème d'étudiants, qui se battent à cause de la fin du parti unique. L'un d'entre eux meurt à la suite de ses blessures. On accuse Mobutu d'un massacre. Les Occidentaux le lâchent. Le chef d'État perd son pouvoir du fait d'une fausse accusation, alors qu'il aurait logiquement dû le perdre plus tôt, à Kolwezi, en 1978, lorsque son armée commet le massacre des Européens. Quelle ironie de l'histoire !
Culte de la personnalité
La gloire le rend fou. Il se proclame maréchal, guide, timonier… Il est rongé par la paranoïa. Jusqu'aux années 1980, il se prend pour un immortel, un envoyé de Dieu, un surhomme. Des images montrant son visage flottant dans les nuages sont diffusées à la télévision. Mobutu a très peur de la mort, alors il interdit d'aborder ce sujet. Il est superstitieux, au point de fuir le chiffre 13. Il aime le complot, cherche à semer le conflit. Il s'intéresse aux petits faits. Il vit entouré de sorciers, mais dort très peu la nuit de peur que ces derniers l'attaquent. Il craint l'obscurité. Les féticheurs et autres marabouts lui prennent des millions. Il ne fait rien sans leur bénédiction. Quand son grand féticheur sénégalais meurt, écrasé par une voiture, au début des années 1990, Mobutu commence à penser à sa propre mort. C'est aussi à ce moment-là que son pouvoir est profondément fragilisé et qu'il voit trois de ses fils mourir. Symboliquement, c'est la fin d'un règne. Et quand il est témoin à la télévision des images de l'exécution du dictateur roumain Ceausescu et de sa femme, qu'il côtoyait, Mobutu se voit lui-même périr, dit-on. Il comprend alors qu'il n'est qu'un homme. Et son cancer de la prostate joue aussi en ce sens.
Son rapport aux femmes
Mobutu n'a pas de respect pour les femmes. Il ne respecte pas ses propres épouses. C'est un délinquant sexuel : il côtoie des jeunes filles. Sa deuxième femme, Bobi Ladawa, a une sœur jumelle, qui est, elle aussi, sa compagne. Rien ne lui est impossible. Après la mort de sa première femme, en 1977, on lui amène cinq, dix femmes, selon son directeur de cabinet. Son épouse et sa sœur jumelle se battent, se disputent, tandis qu'il passe d'une chambre à l'autre. Même l'évêque doit lui chercher des « recrues » parmi les petites religieuses. Lors des cérémonies à sa gloire, des femmes dansent pour lui, et si l'une d'entre elles lui plaît, on va la chercher pour lui. Mobutu vit pour le pouvoir sous toutes ses formes, et le sexe occupe alors une place importante.
1997 : la chute
Ce ne sont pas les soldats de Laurent-Désiré Kabila, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), les Rwandais ou les Ougandais qui chassent Mobutu du pouvoir. Ce sont ses frères d'ethnie, des Ngbandi, sa propre garde présidentielle, en apprenant que Kinshasa est tombée. Très intelligent, Mobutu domine tout le monde par le biais d'un système sophistiqué dont il est le centre. Personne ne se sent en sécurité avec lui. Mais avec l'âge, la maladie et les individus qui diffusent des informations contradictoires, le vrai et le faux qui se confondent, Mobutu commence à se tromper. Et voilà que les militaires et sa propre garde présidentielle détournent l'argent. Ils ne sont plus payés ou sont mal payés. Toutes ces contradictions font imploser le système Mobutu. Il fatigue tout le monde. Il devient un homme isolé. Sa garde cherche donc à le faire arrêter, elle pille sa résidence et son palais. Deux soldats arrachent à son épouse son sac à main, où se trouve le passeport de Mobutu. Ainsi, il ne peut plus rentrer en France, il ne dispose plus du visa accordé par le président Jacques Chirac à titre exceptionnel. Il se rend d'abord au Togo, puis au Maroc, où le roi Hassan II, dont il est proche, l'accueille. L'Occident ne veut plus de lui. À Rabat, il souffre beaucoup de son cancer. Et il ne suit pas vraiment les traitements prescrits par les médecins, préférant continuellement écouter les conseils des marabouts.
Ses derniers mots : « Pardonnez-moi »
Mobutu répète : « Pardonnez-moi. » Sa femme s'interroge et lui demande alors : « Pourquoi devons-nous vous pardonner ? » Elle lui dit : « C'est à nous de vous demander pardon. » Elle estime que le peuple l'a insulté, humilié au cours des dernières années de son règne. Ses derniers mots sont une énigme. Leur interprétation est délicate. Lorsqu'il était au pouvoir, Mobutu disait aux Congolais : « Je ne dois rien au peuple zaïrois, c'est lui qui me doit tout. » Une manière de dire : « C'est moi qui ai créé le pays, lequel avait explosé à l'indépendance », tel un Léopold II. Il aimait aussi répéter : « Après moi, le chaos », tout comme : « Je ne serai jamais ex-président. » En disant « Pardonnez-moi », Mobutu prend-il conscience qu'il n'est qu'un homme et qu'il a fait du mal à son peuple ? S'adresse-t-il à sa famille ? S'excuse-t-il de l'avoir entraînée dans cette situation ? Finit-il par comprendre que c'est lui qui est redevable envers le peuple congolais ? Difficile à dire : je ne me prononce pas.
L'héritage du mobutisme aujourd'hui
Mobutu est toujours présent. Tous ses successeurs veulent s'accaparer le pouvoir, s'entourent de leur famille et de leur clan d'origine. Ils pillent l'État. Joseph Kabila comme Félix Tshisekedi veulent changer la Constitution afin de demeurer au pouvoir, comme Mobutu l'avait fait. On ne gère pas l'État congolais en fonction des besoins de sa population, mais selon les intérêts de ses dirigeants. Certes, il y a la prédation des multinationales, qui exploitent, mais le mal fondamental, ce sont les élites congolaises. Soixante-six ans après l'indépendance, le pays n'a toujours pas trouvé de réel héritier de Lumumba, qui soit porteur de progrès. »