Joyce N'Sana
Avec son « afrobluehop » lumineux et sa voix singulière au timbre soul, la chanteuse congolaise cultive les vibrations positives pour panser les blessures intimes et collectives. Présenté à la 40e édition du festival Nuits d'Afrique de Montréal, son album Télama offre, à travers ses leçons de vie, un message d'espoir et de résilience.
Veste en cuir, cuissardes en skaï, guêpière et short imprimé léopard scintillant, sa longue chevelure rouge nattée se balançant au gré de ses mouvements, Joyce N'Sana a tout d'une prêtresse rock. Avec sa voix aux couleurs blues et soul, elle joue ce soir d'été – face à un public conquis – sur la scène du festival international Nuits d'Afrique de Montréal, au Québec, où elle réside depuis seize ans. L'autrice-compositrice-interprète originaire du Congo-Brazzaville a forgé son propre style, l'« afrobluehop », savoureux mélange de musiques congolaises, de blues, de rock, de hip-hop et de reggae. Riche de ces différentes esthétiques comme d'énergies lumineuses et galvanisantes, son deuxième album Télama porte un message « d'espoir, de résilience et de rassemblement ». Télama ne signifie-t-il pas « lève-toi » en kikongo ? L'écriture et la musique lui servent d'exorcisme, comme une connexion avec elle-même et les autres : l'artiste explore ses blessures intimes pour les relier au collectif. « Mon pays natal a été marqué par la guerre. J'évoque aussi les violences faites aux femmes et les violences sexuelles, dont j'ai moi-même été victime », confie cette ancienne éducatrice pour enfants, qui a aussi étudié la psychologie pour « guérir de son enfance ». Face à ces réalités douloureuses, elle cultive l'espoir. « J'avais besoin d'apporter du soleil dans ce disque. Les textes forts ne doivent pas seulement faire pleurer ou crier. On peut utiliser la joie pour résister, on peut parler de justice en convoquant la paix. Et le travail de changement, d'engagement, doit commencer par nous-mêmes. Développons notre paix intérieure avant de la chercher autour de nous. »
Joyce N'Sana a fait de la quête d'équilibre son mantra. « Mon père me répète toujours : "Il y a un temps pour tout – pour crier, pour parler, pour pleurer, pour se ressaisir, pour hausser le ton ou pour dire les choses avec douceur." » Un père guitariste, auteur-compositeur et pasteur, resté vivre au Congo, et qui a justement participé à Télama. Une belle façon de sceller leurs retrouvailles après quatorze ans d'éloignement. « C'est aussi une manière de rassembler tradition et modernité – elles ne s'opposent pas, mais forment une continuité. » La musique est décidément une affaire de famille, sa sœur étant sa choriste. « On a commencé en faisant les chœurs pour mon père, à la maison, puis à l'église. Elle est toujours à mes côtés. On a cette connexion que je ne retrouve avec personne », poursuit celle qui a étudié les langues étrangères à Orléans, en France, avant de poser ses valises au Canada, séduite par la cosmopolite Montréal et son « identité plurielle ».
Cet album s'ouvre sur les mots du grand auteur congolais Sony Labou Tansi, dont elle a étudié les œuvres à l'école, et qui résonnent particulièrement en elle : « La vocation, c'est la vie. […] En Afrique, la vie quotidienne, la vie sacrée et la vie esthétique ou artistique se mêlent. » Un reflet de son enfance au Congo, où, à la maison, le jazz, le blues, les musiques traditionnelles et urbaines côtoient les chants religieux, et où, dans la rue, on passe d'une église à un bar. « Je chantais le gospel "Oh Happy Day" le matin. Et le soir, je connaissais par cœur les répertoires de Papa Wemba ou de Zaïko Langa Langa. En grandissant, j'ai abordé la spiritualité différemment, de manière plus ouverte. Elle ne m'a jamais quittée. Aujourd'hui, mon église, c'est la scène ; mes prédications, c'est ma musique. »