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3 questions à

Karim Ziad

Par Catherine Faye
Publié le 9 juin 2026 à 15h58
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En juin, le Festival Gnaoua met à l'honneur l'identité d'Essaouira. Une vision inspirante et humaine. Rencontre avec son directeur artistique.

AM: Le festival se place cette année sous le thème de la traversée. Comment cela se traduit-il dans le programme musical ?

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Karim Ziad: La programmation est élaborée autour d'une cohérence géographique et musicale, en résonance avec l'une des caractéristiques essentielles d'Essaouira : être une ville portuaire tournée vers l'Atlantique. Comme un moment de convergence où des artistes venus de différents horizons se retrouvent. Le concert d'ouverture revêt cette année une dimension particulière, réunissant pour la première fois deux traditions reconnues par l'Unesco : la culture gnaoua et les expressions artistiques rwandaises, notamment à travers les percussions et la danse intore. Les autres rencontres naviguent entre l'empreinte des circulations afro-atlantiques, la trace des routes maritimes qui ont relié l'Asie, l'Afrique et le monde arabe pendant des siècles, et la scène marocaine.

L'affiche de cette 27e édition met en avant la féminité. Quel en est le message ?

Festival Gnaoua, Musiques du Monde, 27e édition, Essaouira (Maroc), du 25 au 27 juin. DR
Festival Gnaoua, Musiques du Monde, 27e édition, Essaouira (Maroc), du 25 au 27 juin. festival-gnaoua.net. DR

L'apport féminin dans la culture gnaoua est essentiel. Pendant la lila, rituel de guérison et de purification nocturne, qui combine musique, danse, couleurs et transe pour invoquer les mlouk (entités spirituelles), le rôle de la femme est central, multidimensionnel. Les moqaddema, guides spirituelles, animent ce rituel thérapeutique. Depuis quelque temps, de jeunes musiciennes jouent du guembri (basse à trois cordes), comme Asmâa Hamzaoui, qui dirige le groupe de musique traditionnelle Bnat Timbouktou. Il y a encore quelques années, cela était réservé aux hommes. C'est donc un pas immense.

La musique gnaoua pourrait-elle bientôt être considérée comme un genre musical à part entière ?

J'en suis persuadé. Les musiciens s'intéressent à cet espace ambigu entre le rythme binaire et le rythme ternaire – un ressenti hybride, une pulsation chaloupée et profonde, qui favorise la transe. Des groupes du Nigeria ont intégré des karkabous (castagnettes métalliques traditionnelles) dans leurs compositions. Le bassiste Marcus Miller, qui joue du guembri depuis qu'il est venu au festival, m'a un jour dit que cela lui avait permis de comprendre l'origine de la basse et du slap. Il faudrait qu'un jour, un jeune Gnaoui fasse le « travail » qu'avait accompli Marley pour le reggae… En popularisant le genre gnaoua à l'échelle internationale.