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Aérien

L’Afrique de l’ouest à la recherche d’un nouveau décollage

Par Cédric Gouverneur
Publié le 17 février 2026 à 10h41
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La Cedeao compte sur l’abolition des taxes depuis le 1 er janvier pour faire chuter le prix des billets d’avion dans la sous-région. Reste à savoir si les États membres suivront…

Visite officielle à Toulouse, siège du constructeur Airbus, les 23 et 24 octobre 2024, d’une délégation de haut niveau d’Air Côte d’Ivoire. DR
Visite officielle à Toulouse, siège du constructeur Airbus, les 23 et 24 octobre 2024, d’une délégation de haut niveau d’Air Côte d’Ivoire. DR

Chacun peut le constater: voler d’un pays d’Afrique de l’Ouest à un autre est très onéreux. Il faut débourser au moins 400 euros pour un vol aller-retour entre Dakar et Abidjan. Deux fois plus qu’entre, par exemple, Nairobi (Kenya) et Zanzibar (Tanzanie). Au sein de la sous-région, les tarifs du transport aérien sont en moyenne 80% plus élevés que dans le reste du monde. La faute aux innombrables taxes et redevances étatiques, qui représentent parfois jusqu’à 200% du prix réel du billet… Ces taxes sont censées financer les infrastructures portuaires. Mais elles étranglent le secteur, au détriment du commerce comme du tourisme, et rendent le transport aérien peu accessible aux classes moyennes africaines émergentes. La faible fréquentation des aéroports entraîne leur sous-financement chronique, ce qui incite les autorités à taxer davantage… Cette cherté des vols, en gênant les flux commerciaux et en décourageant l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes, ralentit l’intégration économique régionale. L’Afrique de l’Ouest ne représente que 11% du trafic aérien du continent, contre un tiers de son PIB… 

CRÉER UN MARCHÉ RÉGIONAL DE MASSE 

Face à ce constat, la Commission économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a voté fin 2024 une réforme du secteur, demandant à ses États membres d’abolir les taxes superflues au 1 er janvier 2026. La Cedeao estime que cette mesure entraînera une chute de 25 à 40% des tarifs des billets. Cela pourrait se traduire par une hausse de la demande de 30 à 50%, soit 500000 passagers en plus par an sur les vols régionaux, 430000 sur les vols domestiques et 300000 sur les vols internationaux. À moyen terme, l’augmentation du taux de remplissage des avions pourrait générer un marché de masse régional. Selon les estimations de l’Association internationale du transport aérien (IATA), la libéralisation du marché ouest-africain permettrait une hausse globale du trafic d’au moins 80% et la création de 150000 emplois. L’Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) se montre enthousiaste: «Pendant des années, les taxes excessives et souvent injustifiées ont fait du transport aérien ouest-africain l’un des plus chers au monde, étouffant la demande, bloquant la connectivité et sapant la compétitivité des compagnies aériennes», a déclaré son secrétaire général, Abderahmane Berthe. «Des années de croissance rabougrie», pourraient prendre fin, se félicite l’African Pilot Magazine, qui a dénombré «jusqu’à 66 taxes» dans la composition du prix de certains billets d’avion. 
Entrée en vigueur le 1 er janvier, l’abolition des taxations doit être adoptée par chacun des douze États membres. Or, le Ghana, fort endetté, vient de mettre en place une énième taxe… Les aéroports, qui seront confrontés à la chute de la rente fiscale, sont encouragés par la Cedeao à contrebalancer ce manque à gagner en misant sur l’expansion des services commerciaux (duty free, lounges, location de voitures, etc.).