L'Afrique entend profiter
de l'embellie du coton
Provoquée par les perturbations dans les détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb, la hausse des cours du pétrole pèse sur la fabrication des fibres textiles synthétiques (nylon, polyester, etc.), ce qui engendre une augmentation de la demande mondiale de coton. Mais la production d'or blanc peine à suivre, en raison du renchérissement des engrais – dont d'importants volumes transitent par Ormuz – et des sécheresses provoquées par le changement climatique. Les experts s'attendent donc à un déficit de production mondiale de près de 300 000 tonnes pour la campagne 2026-2027. Le prix de la balle de coton, dont le poids est d'environ 220 kilos en Afrique, s'est logiquement envolé de 34 % sur un an, dont plus de 20 % depuis le début de l'année.
L'« anomalie » cotonnière
La Banque africaine d'import-export (Afreximbank) appelle les pays africains producteurs de coton à profiter de cette embellie pour industrialiser la filière : « Le développement du secteur présente une opportunité significative pour renforcer la croissance économique en Afrique. » Sur le continent, 37 pays produisent chaque année entre 6,3 et 8,5 millions de balles de coton, soit 7 à 10 % du volume mondial – le Mali, le Bénin, la Côte d'Ivoire, le Cameroun et le Burkina Faso étant les plus importants producteurs. L'Afreximbank déplore que, bien que les exportations de coton représentent jusqu'à 60 % des recettes fiscales de certains pays, le secteur africain du textile et de l'habillement stagne « à un stade embryonnaire » : selon la CNUCED, 70 % du coton africain est exporté brut, 18 % sous forme de tissu et 12 % sous forme de fibres. L'Afrique exporte chaque année pour environ 15 milliards de dollars de coton brut, mais importe pour environ 50 milliards de dollars de vêtements. Un paradoxe qui rappelle les décennies postcoloniales marquées par l'exportation de pétrole brut et l'importation coûteuse de carburants, faute de raffineries. Le directeur général de l'Afreximbank, George Elombi, qualifie cette situation d'« anomalie » : « Nous cultivons du coton et l'exportons à l'état brut, puis nous le rachetons sous forme de chemise pour dix, voire cinquante fois son prix. »
L'Afreximbank promet d'intensifier ses investissements dans le secteur, en coordination avec le Partenariat pour le coton (PPC), regroupement de six pays producteurs (Côte d'Ivoire, Bénin, Cameroun, Burkina Faso, Mali, Tchad) fondé en 2024 avec le soutien de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Celui-ci entend faire émerger un secteur africain du textile et de l'habillement compétitif. L'Afreximbank soutient par exemple le développement sur le continent de zones économiques spéciales (ZES) consacrées à la confection de prêt-à-porter, telle que la zone industrielle béninoise de Glo-Djigbé (GDIZ), unanimement saluée pour son dynamisme. Le PPC, avec l'aide de l'Afreximbank, entend porter d'ici à 2035 de 2 à 25 % la part du coton transformé localement, avec pour objectif la création d'au moins un demi-million d'emplois.