L’ART EST SANS FRONTIÈRE
LA QUESTION DE LA CRÉATION est aujourd’hui directement liée au phénomène de mondialisation. C’est pourquoi la rencontre entre les artistes africains et ceux du monde entier doit être comprise en termes de métissage culturel. On ne peut réfléchir sur les arts africains contemporains si on méconnaît la place de l’esthétique issue de notre continent dans le nouvel ordre mondial. C’est que la création contemporaine renvoie à une altérité plurielle, à la notion de métissage, d’hybridité, de mixage, de multiculturalisme.
Avec les migrations de masse, on ne peut plus réduire les œuvres à un contexte national ou régional. Leurs auteurs ne sont plus soumis au problème d’adaptation de leurs traditions, mais se focalisent sur la représentation de leurs expériences dans leurs rencontres avec leurs homologues du monde entier. Ce dialogue est le seul gage de l’édification d’un art nouveau qui réunira les apports de tous les continents. Un espace dans lequel sont créées de nouvelles formes artistiques.
Le véritable art est, selon Léopold Sédar Senghor, « enracinement et déracinement. Enracinement au plus profond de la terre natale : dans son héritage spirituel. Mais déracinement : ouverture à la pluie et au soleil, aux apports fécondants des civilisations étrangères ». C’est dans cette seule mesure que l’humanisme sera une civilisation de l’universel : une civilisation nouvelle, plus civilisée parce que plus totale et sociale, plus métissée. Senghor présentait ainsi le concept de métissage comme étant la manifestation la plus ultime de la condition humaine. Dans l’art, il renvoie à un « branchement » des cultures qui correspond à un projet de coexistence des artistes d’horizons divers. Un dialogue durant lequel chacun contribue à donner ce qu’il a de particulier et à recevoir ce que les autres ont à lui offrir. Cette relation de communion, c’est la participation au « rendez-vous du donner et du recevoir ».
L’art est ce lieu d’échanges où tous les peuples se forment et se transforment : une culture ne s’enrichit qu’au contact des autres. Avec la mondialisation, les voyages, les artistes se créent une identité plurielle à partir de leurs différentes rencontres.
La onzième Biennale des arts de Dakar, qui aura lieu du 9 mai au 8 juin 2014, se veut le grand rendez-vous de cet art métis, global, universel. C’est l’objet de l’exposition, dédiée à la diversité, et qui sera ouverte à tous les créateurs du monde. Ceux de notre continent pourraient ainsi avoir d’autres échanges : ce sera une rencontre beaucoup plus intéressante pour le brassage des cultures. L’origine ou la nationalité d’un artiste est secondaire par rapport à ce qu’il peut apporter au patrimoine culturel universel, qu’il soit européen, asiatique, africain ou issu de la diaspora. Une telle sélection est un facteur de progrès : elle participe à la rencontre des peuples qui doivent former un seul village planétaire uni et indivisible pour échapper à la destruction. L’art est sans frontière.
Par Babacar MBAYE DIOP (Enseignant-chercheur, Université Cheikh-Anta-Diop, Dakar. Directeur de la Biennale des arts de Dakar)