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C'est comment ?

L'eau ou la vie

Par Emmanuelle Pontié
Publié le 2 novembre 2026 à 17h16
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On entend depuis longtemps cette petite phrase : « L'or bleu, ce sera l'enjeu de demain ! » L'eau est une ressource essentielle à la vie. Pourtant, si elle recouvre 70 % de notre planète, elle n'est douce et consommable qu'à hauteur de 2,5 %. Des données toutes simples, qui montrent pourquoi on peut enlever le mot « demain » à la fameuse petite phrase.

L'enjeu, c'est maintenant. Et le sujet revient en force à la table des institutions internationales, depuis que l'on observe le dérèglement climatique et le stress hydrique qui en résulte un peu partout sur Terre. En plus de la Journée mondiale de l'eau, instaurée chaque 22 mars depuis 1993, et qui donne lieu à de nombreuses réunions de haut niveau sur le thème, les Nations unies organisent la prochaine Conférence mondiale sur l'eau du 8 au 10 décembre, à Abu Dhabi.

La question de l'eau se trouve à la croisée de tous les chemins du développement. Et, bien entendu, le continent africain est cruellement concerné. Il possède environ 9 % des réserves mondiales d'eau douce renouvelable, ainsi que 17 grands fleuves et d'importants lacs. Pourtant, près du tiers de sa population, soit plus de 400 millions de personnes, principalement en Afrique subsaharienne, ne dispose d'aucun accès à l'eau potable. Et environ deux tiers de la population des pays subsahariens manquent de services sanitaires de base, comme des toilettes raccordées à des égouts ou des fosses septiques.

Cette réalité engendre des retombées sociales et sanitaires immédiates : 80 % des maladies sur le continent, comme le choléra, la typhoïde ou les diarrhées, sont d'origine hydrique. Et ce sont majoritairement les femmes et les filles qui parcourent de grandes distances à la recherche d'un puits, au détriment de leur scolarité et de leurs activités économiques. Le déséquilibre entre l'abondance de la ressource et la difficulté d'y accéder est malheureusement criant.

Enfin, notons que son marché de consommation atteindra 2,5 milliards de personnes d'ici à 2050. Et que l'autosuffisance alimentaire dépend de l'irrigation des cultures locales.

Selon de nombreux chercheurs qui se penchent régulièrement sur la question, les techniques d'ingénierie sont là, les terres et la main-d'œuvre aussi. Le continent a les moyens de maîtriser et de développer ses ressources en eau. De la transformer via des techniques d'assainissement simples et de l'apporter jusqu'au consommateur. Alors, comme toujours, il y a des soucis d'investissements et de moyens. Mais aussi de volonté politique. Car les solutions de recyclage existent. Selon les Nations unies, près de 90 % des eaux usées domestiques en Afrique sont rejetées sans traitement. Des usines et des stations d'épuration de toutes tailles se construisent en Côte d'Ivoire, au Rwanda ou en Namibie. C'est un bon début, mais le phénomène ne concerne pas encore la plupart des pays. Par ailleurs, la gestion de l'eau est souvent envisagée sous un seul angle : l'accès de la population. Certes, c'est un point capital, vital.

Mais en cantonnant la question au domaine social, on ne prend pas en compte le pouvoir de la ressource que représente l'eau en matière de développement, d'énergie, d'économie, de géopolitique. Pourquoi ne pas imaginer une gestion stratégique continentale de l'eau, voire des fleuves qui enjambent les frontières ? C'est peut-être utopique, à cause aussi des barrières politiques, mais sur le papier, réussir à irriguer un peu plus les terres arables – seulement 3,7 % le sont en Afrique subsaharienne, contre 41 % en Asie du Sud – permettrait de créer des emplois, de développer les chaînes alimentaires et de réduire la dépendance vis-à-vis des denrées importées. Parce que – faut-il le rappeler ? – sans eau, la terre ne nourrit personne. L'or bleu africain existe. Il faut s'atteler à le mettre au service du développement du continent.