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L’INVITÉ

Par EDGAR.SEKLOKA
Publié le 6 novembre 2014 à 09h16
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Missouri Burning

LE MEURTRE DE FERGUSON d’août 2014 révèle des États-Unis pourris gâtés par des armes-jouets manipulées à tort et à travers, de bavures policières en tueries scolaires, pour défendre le second amendement d’une constitution dont l’un des principaux desseins est d’assurer la tranquillité intérieure. Fusils à pompe et consorts seraient donc des instruments de quiétude.

Ferguson, située à moins de deux heures de Fulton où Winston Churchill a défi ni ce qu’était le monde libre en 1946, révèle qu’aujourd’hui, aux États-Unis, les instigateurs de terreur ne sont pas les héritiers d’un modèle soviétique totalitaire, mais des cols-bleus lambda disposant d’un holster légalement rempli.

Avec les obsèques de Michael Brown, Ferguson révèle qu’aux États-Unis, il faut avoir les mains en l’air pour éviter l’homicide – en 1999, Amadou Diallo tentait de montrer ses papiers ; en 2006, Sean Bell avait les mains sur le volant de sa voiture ; en 2009, Oscar Grant était à plat ventre, menottes aux poignets. On leur a arraché leur vie. Si j’envisageais d’aller dans le Missouri, répondant aux questions du formulaire d’autorisation de voyage aux États-Unis, je préciserais être un auteur qui écrit avec les paumes exagérément en évidence au-dessus de la tête.

En amont des funérailles d’un martyr involontaire, voyant proliférer les émeutiers auxquels le comté de Saint-Louis a opposé une police militarisée, Ferguson révèle que pour engourdir la colère civile aux États-Unis, les autorités sont prêtes à transformer les rues en champs de bataille. Westerns modernes.

Tout ça malgré Barack Obama, tout ça malgré le fait qu’il soit un descendant de Kényan à la tête d’États-Unis au passé sécessionniste, tout ça nous rappelant que ses mandats valent pour le symbole qu’il incarne ; et s’il représente une avancée certaine dans l’histoire de ce pays, Ferguson révèle, l’air de rien, que ses actes politiques n’ont pas d’impact, il les tire à blanc.

Ferguson, pain bénit pour les médias, ville de 21 000 habitants affi chant au coeur des actualités états-uniennes les mêmes spectacles de drames qui se répètent parce que, traités sans profondeur dans l’évanescence du superfi ciel, ils ne sont jamais résolus. Autrement dit, Ferguson révèle qu’il y aura une autre Ferguson, dans un autre comté, dans un autre monde mais toujours sur le même continent : the show must go on.

Alors que faire de ces révélations ? J’ai bien le début d’une piste que les médiocres trouveront naïve car non lucrative, mais je suis rêveur, la naïveté m’est un devoir. Sensément, vous messieurs-dames qui êtes les hauts dirigeants des États-Unis, de cette missive rédigée par citoyenneté et dont j’aimerais qu’elle vous incite à démissionner de votre médiocrité, retenez que pour permettre aux offi ciers en service de n’avoir plus recours à une légitime défense systématiquement caractérisée par des balles perdues sur n’importe quel Trayvon Martin à capuche, pour leur permettre de s’accorder à la noblesse première de leur fonction – la protection des Hommes – pour leur permettre le courage d’être moins sensibles de la gâchette, il vous faut interdire le port d’armes.