L’INVITÉ
Préserver les aires protégées
LA SIXIÈME ÉDITION du Congrès mondial des parcs, organisée en novembre dernier par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Sydney, a rassemblé près de 6 000 participants venus de 168 pays – entreprises, gouvernements, ONG et institutions. Cette réunion a été l’occasion de réfléchir à l’accélération des mesures prises pour atteindre l’objectif mondial fixé par la Convention sur la diversité biologique en 2010 : qu’au moins 17 % des terres et 10 % des océans fassent partie du réseau d’aires protégées d’ici 2020. Et cela a été l’occasion d’appeler à un engagement sincère pour sauvegarder la biodiversité que l’Afrique abrite encore.
Des facteurs pénalisants hypothèquent la conservation de la nature sur le continent : la pauvreté, la dépendance de la population aux ressources naturelles, leur exploitation souvent livrée à des décisions inéquitables, illustrant la tragédie des communs. Cette situation fait le lit du braconnage des éléphants ou autres rhinocéros. Pour autant, les raisons d’espérer existent : la société civile s’af? rme comme un acteur clé ; la population est jeune et s’ouvre aux changements ; l’Afrique est encore riche d’une nature diversi? ée. Dans et autour des parcs, des initiatives encourageantes voient le jour, souvent soutenues par des donateurs de premier plan, comme l’Agence française de développement (AFD), preuve s’il en est besoin de la justesse de cette cause.
La plupart des aires protégées africaines ont été créées pour les soustraire aux activités humaines. À l’époque coloniale d’exclusion, elles étaient classées « contre » les hommes. Le concept de développement durable en a fait, en théorie du moins, des lieux qui doivent permettre aux populations de retirer des béné? ces tangibles ; ces aires sont désormais classées « pour » les gens. Ces deux visions sont cependant trop anthropocentriques. Ni « pour » ni « contre », ces territoires vivants doivent être protégés « parce que ». Ne regardons pas la nature pour ce qu’elle nous apporte mais simplement pour ce qu’elle est. Replaçons l’espèce humaine à sa juste place, une espèce parmi d’autres, intimement liée à la nature, pour que chacun retrouve l’envie de la préserver sans forcément en attendre une récompense.
Les bonnes solutions existent et le Congrès mondial des parcs en est la vitrine. Elles font la part belle à la population locale, inventive. Elles promeuvent le secteur privé, ef? cace. Elles consacrent le rôle de l’État, nécessaire. Elles associent tous ces acteurs parce que c’est plus durable. Les réponses aux dé? s actuels ne dépendent que de notre engagement à agir en? n à la mesure de la situation. Ni pour ni contre, mais parce que… Un engagement dif? cile alors que le continent entre dans une crise de croissance sans précédent, légitime, inévitable mais de portée inconnue. C’est un choix de société qui traduira la volonté de l’Afrique de sauvegarder son patrimoine si fragile. Maintenant ou jamais.