La faute à toi aussi
Les tas d’ordures jonchent le pas de leur porte, véritables nids à microbes de la mort. Les caniveaux infestés d’eaux stagnantes sont des viviers à moustiques vecteurs de palu. Bien sûr, Abdoulaye d’Afrique de l’Ouest comme Parfait d’Afrique centrale ont la même rengaine : « C’est la faute aux pouvoirs publics ! » C’est vrai. Les gouvernements se préoccupent souvent de déblayer les jolies artères des capitales, celles qui mènent à l’aéroport ou au palais présidentiel, en laissant croupir les ordures de tous au fond des quartiers-bouges. Mais il ne faudrait pas en permanence rejeter la faute sur les politiques.
Depuis quelques années, peut-être justement parce que c’est un concept de Blancs seriné dans tous les grands sommets mondiaux, la question de l’environnement est inscrite à l’ordre du jour des conseils de ministres africains, et les campagnes de reboisement ou l’interdiction des sacs plastique commencent à se répandre dans nos pays. Et, sauf cas de grève ou de corruption généralisée dans les mairies, les pouvoirs publics veillent maintenant à sélectionner des sociétés spécialisées dans le ramassage des ordures assez efficaces.
Après… C’est peut-être au citoyen de se responsabiliser un peu. Car, franchement, combien de fois voit-on les gens en Afrique jeter par terre absolument tout ce qui les encombre, paquets de cigarettes, bouteilles, boîtes de conserve, morceaux de plastique, etc. ? Ils se débarrassent le plus souvent de leurs déchets ménagers juste devant leur propre porte. Dans certaines villes, au moins, les gens des quartiers se cotisent, trouvent une solution en groupe pour l’évacuation de leurs ordures. Certaines mères apprennent à leurs jeunes enfants un minimum de civisme, en les empêchant d’aller uriner contre le mur du voisin. Mais c’est encore super rare. Alors on devrait y penser. Entre deux courses à la survie, au milieu d’un quotidien difficile… Et se dire que l’insalubrité, quelque part, c’est la responsabilité de tous.
Quelle sera l’utilité de trouver un boulot et de quoi nourrir sa famille, si c’est pour qu’elle meure d’une bactérie ou d’un microbe que l’on a soi-même entretenu dans sa cour ?