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La France a besoin de changement

Par zlimam
Publié le 7 octobre 2011 à 15h49
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Donc, l’avocat Robert Bourgi annonce avec perte et fracas qu’il a convoyé des mallettes (et même des djembés) entre certaines capitales africaines et les grands bureaux du pouvoir élyséen. Émoi dans les hautes sphères gauloises. Consternation sur le continent. En France, après les premières unes, l’affaire pourtant fait presque pschitt (pour reprendre une expression abracadabrantesque de Jacques Chirac)… Le cynisme est à son comble. Les Africains, vous savez, on les connaît, tous des voleurs… Première remarque, l’Afrique est souvent mise en avant, financements divers, mallettes, biens mal acquis… alors que l’actualité et la littérature nous montrent que les très grosses affaires sont ailleurs. Bettencourt, Karachi, Taïwan, Clearstream, pour ne citer que les dernières d’entre elles… Pour la plupart des observateurs, la Françafrique se résume à des liasses d’argent et aux récits plus ou moins exagérés de Me Bourgi. Personne ne se pose réellement la question de la réalité du système. La Françafrique, c’est avant tout une machine au bénéfice de la puissance. Une machine mise en place au lendemain des indépendances pour protéger les intérêts français (vote aux Nations unies, pétrole, bois, uranium…). Et mettre les nouveaux chefs sous autorité néocoloniale. Que certains d’entre eux aient utilisé des « mallettes » pour exploiter les faiblesses françaises n’était finalement que de bonne guerre… Deuxième remarque, tout cela pose un problème, le vrai problème. Malgré les lois, les procès, les réformes et les promesses, la démocratie française est gangrenée par l’argent occulte, par l’influence des « copains » et des « coquins », par les intermédiaires, par les élus indélicats ou carrément voyous et par les affaires d’État. Ces affaires d’État sont le lot de toutes les nations, mais en France leur succession depuis le début des années 1980 (y compris sous l’ère Mitterrand) est proprement stupéfiante (il suffit de comparer avec les voisins européens). Au pays de la déclaration des droits de l’homme, au pays de 1789 et de 1848, quelque chose ne tourne pas rond. On y voit et revoit les mêmes visages et les mêmes têtes, ministres, chefs de parti, battus ou élus, qui se partagent la scène politique depuis des lustres. Et qui de toute évidence ne savent rien faire d’autre. On trouve des ministres qui stigmatisent telle ou telle communauté, des Roms aux Roumains. Des mis en examens pour propos racistes ou subornation de témoin. Des candidats qui se font une spécialité d’insulter les journalistes. Et je n’ose parler des tribulations d’un DSK qui se croit au-dessus des lois. On y trouve des partis extrêmes qui pratiquent une surenchère idéologique tout aussi illusoire que dangereuse. À la gauche de la gauche comme à la droite de la droite. On peut se permettre de dire des énormités, que les enfants délinquants devraient être encadrés dans des camps militaires. Ou des absurdités. Que les banques devraient être nationalisées (bis repetita…) ou que l’on pourrait « tout prendre » audessus de 30 000 euros de revenus par mois… Derrière la douceur de vivre, derrière la persistance d’un grand État (l’une des toutes premières puissances du monde), derrière d’indéniables réussites, derrière de vraies libertés, il y a une classe politique qui n’est plus à la hauteur des ambitions françaises de demain. Évidemment, ce n’est pas entièrement la faute de Nicolas Sarkozy, mais celui qui promettait la rupture et le changement (en 2007) n’aura rien rompu ni changé. Prisonnier d’un ego surpuissant, l’homme s’est coupé petit à petit des Français, mais aussi de la plupart de ses amis. Je ne suis pas particulièrement convaincu par le casting des dirigeants socialistes, je ne dis pas que l’avenir c’est la gauche, mais en attendant l’impossible, le grand soir, le changement de fond, le renouvellement créatif, la France a besoin, au moins, du possible, c’est-à-dire d’une alternance. De mettre fin à un long cycle de dix-sept ans (ladroite est au pouvoir depuis 1995, en comptant le chapitre de la cohabitation Jospin) pour renouveler les hommes, les idées, les projets. L’alternance, c’est la respiration, la loi de la démocratie. En France, en Afrique et ailleurs…

Par Zyad LIMAM