La « ing » mania!
Bon, on a assez glosé ici sur les multiples facettes de la frime et sa palette infinie chez les blacks sapeurs, poseurs, de mauvaise humeur et leurs femmes sapins de Noël bling-bling. Mais alors là, chaud devant : on vient de découvrir une nouvelle façon de se la jouer qu’il faut immédiatement épingler. Juste pour le fun. Il s’agit du nouveau langage biz, qui vous classe son homme illico dans la catégorie des grands quelqu’un, version Londres ou New York. Eh oui, Paris a perdu des plumes au hit-parade du copier-coller de la tendance in. Dorénavant, on passe à la mode du « ing », importée tout droit des bureaux des big chiefs et autres boards des grosses boîtes anglosaxonnes.
Aujourd’hui, dans les sociétés locales ou internationales d’Afrique francophone qui sont dans le « move », les directeurs de ceci ou de cela sont continuellement en « meeting ». Costard souple sur col ouvert, l’air faussement décontracté, Mamadou parle au téléphone : « OK, on se fait un closing juste après le branding! » Plus loin, Charles se lamente : « On gère le day to day », et Richard d’expliquer : « Il faut attendre la end du process. » Et bien sûr, tous finissent la soirée dans une ambiance « clubbing ». Sympa... Exit donc la francophonie du monde des affaires. Et c’est devenu tellement « ing » de parler franglais fluently que de bons Africains francophones pur cru se prennent à chercher leurs mots en français au cours d’une conversation, disons plutôt au milieu d’un monologue prétentieux où eux seuls s’écoutent.
Le pompon revient à ce DG 100 % bantou French qui a étudié à Toulouse : « Oh, sorry, what is the word in French? » demande-t-il en se tenant la tête, l’air de chercher... Quel mot, monsieur le DG? « Development, I try to find the word... » Euh, « développement », peut-être? « Voilà, c’est ça! » D’accoooord... Et ce qui est le plus drôle, c’est que tous ceux qui multiplient les signes extérieurs de big boss tout droit sortis de la Big Apple sont bien loin d’être les plus efficaces dans le travail. Ils s’embrouillent la plupart du temps dans des logiciels high-tech ingérables sur leur laptop, incapables de deliver une idée neuve, un document bien rédigé, une signature à temps. Comme si le verbiage branchouille venu d’ailleurs suffisait à masquer l’incompétence. À mon avis, les francophones devraient continuer à mieux parler le French et les anglophones l’anglais, non ? Ça serait tellement plus simple. Et ainsi, chacun gagnerait un temps précieux qui pourrait être mis à profit pour le... travail. En tous les cas, soyez vigilants, les « ing boys » prolifèrent comme des petits pains. Ils sont partout. Dans les banques, les sociétés de téléphonie mobile, le BTP (que dis-je, le housing!)... Ils se grisent de bla-bla frime et ne feront pas avancer vos affaires. C’est juste leur ego qui s’hypertrophie, se surdimensionne. Finalement, comme un sapeur qui montre la marque de ses chaussettes en guise de richesse intérieure...