La mode selon Mossi Traoré
Un récit de transmission, une mémoire vivante et une manière de faire société. À découvrir au Mucem.
Au MUCEM, Mossi Traoré n'est pas seulement célébré pour ses silhouettes épurées et son savoir-faire de couturier. C'est tout un parcours de vie qui se déploie, depuis les quartiers populaires de son enfance jusqu'aux ateliers de haute couture et la création de sa marque de prêt-à-porter, Mossi, en passant par le football, la danse, Bollywood et les cultures urbaines, qui ont façonné son imaginaire. Le titre de l'exposition, « Mossi Traoré, la mode aussi », joue volontairement sur le décalage, comme si la mode n'était qu'une partie de l'histoire.
Chez le créateur franco-malien, le vêtement dépasse largement la question esthétique. Il devient langage, transmission, outil d'émancipation. Formé autant dans la rue qu'auprès des maîtres de la couture, il a toujours refusé les frontières entre culture savante et culture populaire. Son œuvre est nourrie autant par Madame Grès que par les tribunes du stade Vélodrome, les albums Panini, le hip-hop ou les films indiens. L'exposition évoque un univers empreint d'influences multiples, à travers silhouettes sculpturales, vidéos, textiles, archives personnelles et objets issus des collections du Mucem.
Ici, un ballon commémorant la victoire de l'Olympique de Marseille en 1993 ; là, un album d'Olive et Tom retrouvé dans les réserves du musée. Autant de fragments de mémoire qui composent le récit sensible d'une génération. D'ailleurs, le cœur du projet se situe peut-être ailleurs. Depuis plusieurs années, le styliste a fait de la formation un engagement central à travers les Ateliers Alix, son école de couture, qui défend l'excellence sans exclusion. Cette dimension sociale explique sans doute la place singulière qu'il occupe aujourd'hui dans le paysage artistique. À rebours d'une mode souvent associée au luxe et à l'entre-soi, il revendique une création ancrée dans le réel, attentive aux invisibles, aux savoir-faire et aux territoires. Ses défilés, souvent organisés hors des lieux consacrés, dans les quartiers ou dans l'espace public, participent de cette même volonté de rapprocher l'art de celles et ceux qui s'en sentent éloignés. Rappelant que la mode peut être bien davantage qu'une industrie superficielle.