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La naissance d’un géant ?

Par zlimam
Publié le 7 novembre 2014 à 13h03
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NOUS SOMMES SUR LA CÔTE OUEST DU CONTINENT et, à parcourir les infos, la chronique quotidienne du grand Nigeria se conjugue autour de paradigmes inquiétants : criminalité, violence, terrorisme, chaos, divisions, choc des religions… Le delta du Niger reste un enfer capitaliste où surexploitation du pétrole, guérillas diverses et dévastation écologique sont la règle. Boko Haram, visage local du jihadisme sauvage, fait des ravages dans le Nord et pratique une politique d’enlèvements massifs. Lagos est une ville invivable de 18 millions d’âmes, dont les neuf dixièmes n’ont pas accès à l’eau ni à l’électricité. Ajoutons un gouvernement fédéral notoirement corrompu à tous les étages et l’on pourrait penser que le Nigeria incarne tous les maux de l’Afrique contemporaine.

Pourtant, c’est peut-être ici qu’est en train de naître la première vraie puissance continentale. Le Nigeria – pays de taille « gérable » (920 000 km2, plus petit que l’Algérie, le Tchad, le Soudan, le Niger ou l’Angola) – est porté par une démographie qui en fera d’ici 2040 une nation de 440 millions d’habitants. La troisième population du monde derrière la Chine et l’Inde. Le nombre de citoyens alimente une économie devenue la première du continent (avec un PIB de plus de 370 milliards de dollars). Le pétrole est roi (11e producteur mondial, premier producteur africain, immenses réserves), mais les industries du cinéma, des télécoms, de la banque ainsi que le commerce explosent. La croissance se situe entre 7 % et 8 % par an depuis 2000. Le Nigeria s’impose comme le plus grand marché de consommateurs du continent. Et comme la porte d’entrée obligatoire pour les grandes multinationales à la conquête du nouvel eldorado africain.

Évidemment, on le sait, les obstacles à l’émergence sont immenses. Malgré la croissance, le pays reste pauvre, avec des inégalités criantes. Et un revenu par habitant qui le situe aux environs de la 130e place mondiale. Les infrastructures sont quasi inexistantes. Les fractures entre Nord et Sud, chrétiens et musulmans, zones pétrolières et zones qui ne le sont pas, font peser des risques permanents d’éclatement. Pourtant, l’État nigérian est moins dysfonctionnel que l’on veut bien le faire croire. On l’a vu récemment avec la maîtrise du virus Ebola. On le voit avec l’inventivité des exécutifs locaux pour s’attaquer à la criminalité ou pour financer des investissements. On le voit avec le poids grandissant de sa diplomatie sur la scène régionale, continentale, mondiale, au moment où l’Afrique du Sud paraît, elle, s’installer dans une dynamique de repli général.

Le plus important reste peut-être la formidable créativité des élites. Le pays compte une véritable classe d’entrepreneurs, de capitalistes globaux, ambitieux. Outre le fameux Aliko Dangote, on pourrait parler d’une vingtaine de milliardaires et de 16 000 millionnaires, une population de « high fliers » qui façonne la transformation de Lagos, en passe de devenir la nouvelle cité globale. On pourrait parler aussi de personnalités internationales comme Tony Emelulu, Ngozi Okonjo-Iweala, Sanussi Lamido. On pourrait parler de la formidable vivacité des médias, de la société civile, de la culture, de la musique et de la littérature nigérianes, portée par le visage du père fondateur et Prix Nobel Wole Soyinka et la promesse d’une nouvelle génération.

De toute évidence, l’émergence africaine passera par Lagos, Kaduna, Kano, Ibadan…