LA PATRIE OU LA MORT
« LA PIRE DES CHOSES, ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, c'est le silence des gens bien. » Cette phrase de Norbert Zongo résonne à mes oreilles au moment où le Mali traverse une épreuve douloureuse.
Il n'y aurait pas eu de crise dans ce pays, pas d’invasion « narco-salafiste » si la Libye n’avait pas été préalablement déstabilisée : un crime contre l’humanité perpétré par Nicolas Sarkozy, Bernard-Henri Lévy et leurs alliés criminels, je persiste et signe, qui nous met face à nos responsabilités, ou plutôt face à nos irresponsabilités, par rapport à « la communauté internationale », mais aussi par rapport aux États africains ou à leurs chefs d’État, qui ont lâchement laissé assassiner l’un des leurs, et qui ont applaudi devant la dépouille de celui qui finançait leurs régimes corrompus. Loin de moi l’idée de faire de Kaddafi un démocrate, mais l’hypocrisie de façade ne passera pas par moi. Beaucoup de gens bien ont été silencieux quand on a fait passer un règlement de comptes pour une libération ou encore des manifestations, fussent-elles légitimes et violentes, pour un Printemps arabe.
Revenons au Mali ou plutôt à nos responsabilités. Doit-on encore écouter la voix de son maître avant de venir exercer son devoir de solidarité panafricaine? Serons-nous encore lâches devant l’agression de ce pays frère ? C’est apparemment le choix honteux que nous avons fait. Que faire de nos armées faibles, de nos États faibles, de nos nations divisées et déstructurées? Je pose la question à tous...
Mes frères maliens tairont-ils leurs querelles devant l’urgence de la situation ? Cesseront-ils leur course au leadership après avoir désorganisé le système qu’ils avaient plébiscité et accompagné de manière unanime ? Certes, il n’était absolument pas parfait et grouillait de faiblesses. Mais le remède est pire que le mal.
L’heure est à l’action. L'objectif est clair : défendre le Mali ou périr. Ramener la prospérité, la justice et la paix. Mais, rappelons-le, s’il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de paix sans armée forte.
Le Mali symbolise aussi l'échec des politiques coloniales, qui ont juxtaposé des peuples, des tribus, des clans, sans respect pour le concept de nation. Nous n’avons pas su gérer cet héritage calamiteux. L'éloignement géographique ou culturel n’excuse rien. Le Mali doit se construire dans une parfaite harmonie des régions, des cultures et des peuples.
Ce pays nous rappelle l'urgence de l’unité africaine. Nos ennemis applaudissent chaque fois que nous nous divisons, car c'est la voie royale qui mène au pillage de nos ressources. Le nord du Mali dispose d’énormes potentialités. Les agresseurs et les sauveurs le savent. Ne soyons pas dupes et naïfs. Une guerre sert toujours à légitimer l'illégitime, sous prétexte de situation « exceptionnelle ». La partition du Soudan en est l'illustration parfaite.
Souvenons-nous de ce que Sankara disait : « Un militaire sans formation politique et idéologique n’est qu’un criminel en puissance. »
Par Didier AWADI Sénégalais, 43 ans, l’un des fondateurs du rap africain francophone et parmi les leaders du hip-hop continental, quatre albums à son actif dont le dernier, Ma révolution, est sorti au mois de janvier.