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Mine de cuivre à ciel ouvert, située près de la ville de Lubumbashi. ALAMY
Mine de cuivre à ciel ouvert, située près de la ville de Lubumbashi. ALAMY
Minerais

La RDC parie sur ses réserves

Par Cédric Gouverneur
Publié le 8 juillet 2026 à 08h41
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En décrétant une « réserve stratégique » de ses ressources minières les plus critiques, au premier rang desquelles le cobalt, Kinshasa entend peser sur les prix mondiaux et renforcer sa position face aux appétits de Pékin comme de Washington.

La création d'une « réserve stratégique des substances minérales stratégiques » – son nom officiel – par un décret adopté en Conseil des ministres, le 10 avril dernier, doit permettre à la République démocratique du Congo (RDC) non seulement de mieux gérer ses stocks de minerais, mais aussi de peser sur la fluctuation de leurs prix. Cette réserve cible en priorité le cobalt, élément phare de la transition énergétique et dont les trois quarts des ressources mondiales connues se trouvent dans le sous-sol congolais. Le cours du cobalt avait en effet fortement dévissé au cours des dernières années, passant d'un pic de 95 000 dollars la tonne en 2018 à seulement 21 000 dollars début 2025. La cause de cette chute est à rechercher du côté de la Chine : Pékin, qui contrôle les deux tiers de la demande mondiale et la majeure partie du raffinage, avait constitué des stocks et pesé sur les prix.

Afin de mettre un terme à cette dégringolade, la RDC a instauré en février 2025 un embargo sur les exportations de cette matière première, puis en octobre de la même année des quotas d'exportation. Cette stratégie s'est avérée payante : « La RDC est parvenue à assécher le marché, nous précise une source proche du dossier. Les stocks chinois sont en train de s'épuiser, au point que les fonderies du pays en sont à récupérer les déchets de cobalt recyclé. » En conséquence, les cours du minerai se sont envolés, dépassant 56 000 dollars courant juin 2026.

Un complément aux quotas d'exportation

La RDC avait produit en 2025 un peu plus de 100 000 tonnes de cobalt et en avait exporté environ 44 000. Mais déverser sur le marché mondial les quelque 55 000 tonnes stockées aurait risqué d'entraîner une nouvelle chute des cours, en l'absence d'un mécanisme de régulation… D'où la création d'une réserve stratégique, gérée par l'Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (ARECOMS), un organisme créé en 2019. Le président de l'ARECOMS, Patrick Luabeya, a estimé qu'il devenait « incompréhensible » que la RDC, pays dont le sol renferme la majeure partie du cobalt mondial, « ne dispose pas de mécanismes et d'outils pour en contrôler les cours ». Cette réserve, dont le volume n'a pas encore été communiqué, devrait être constituée par des rachats de cobalt auprès des opérateurs miniers œuvrant au Congo. « Il semble tout de même logique que le prix du cobalt soit déterminé non pas par la demande chinoise, mais par l'offre congolaise », poursuit notre source proche du dossier, qui ajoute : « La RDC est dans une démarche constructive. Il s'agit, grâce à cette réserve stratégique, de demeurer dans une fourchette de prix comprise entre 50 et 60 000 dollars la tonne : ni trop bas, pour que le cobalt profite réellement aux Congolais plutôt qu'à la Chine ou aux constructeurs de véhicules électriques, ni trop haut, pour éviter que le marché des batteries se détourne du cobalt au profit, par exemple, du lithium-ion. C'est un objectif louable et une gestion raisonnable, financière à court terme et industrielle à long terme. Beaux joueurs, les acteurs chinois du marché ont fini par avouer à leurs interlocuteurs congolais qu'ils auraient agi de même à leur place. »

Le contexte mondial se prête en effet à la constitution de réserves stratégiques : en février dernier, Donald Trump a pareillement annoncé le lancement du Project Vault (« Projet chambre-forte ») : une réserve stratégique de minerais critiques et de terres rares, comportant notamment du cobalt, du lithium, du nickel et du gallium. D'un montant initial de 12 milliards de dollars, elle a pour objectif de prémunir l'industrie américaine contre de futurs embargos de Pékin. Les entreprises participantes pourront y puiser afin de sécuriser leurs approvisionnements.

Carrollite provenant de Kambove, une localité de la province du Haut-Katanga. SHUTTERSTOCK
Carrollite provenant de Kambove, une localité de la province du Haut-Katanga. SHUTTERSTOCK

Triplement des royalties, de 3,5 à 10 %

Les autorités congolaises ont par ailleurs décidé d'étendre la liste officielle des « substances minérales stratégiques » qui, au-delà du cobalt, pourront elles aussi faire l'objet d'une réserve : établie en novembre 2018, cette liste ne comportait jusque-là que le cobalt, le coltan et le germanium. Un décret du 29 mai l'élargit au lithium, au tantale, à l'uranium, au tungstène, dont le cours a doublé en l'espace d'un an [voir AM 477], au niobium et, bien entendu, aux terres rares (cérium, gadolinium, néodyme, lanthane, samarium, scandium, yttrium, etc.). « La RDC se réserve désormais le droit d'acheter aux acteurs miniers des stocks de ces minerais pour constituer ses réserves stratégiques à des prix inférieurs à ceux du marché international à l'export. » Toutes les activités concernant ces minerais devront en outre faire l'objet d'un encadrement spécifique, depuis la recherche géologique jusqu'à l'exportation, en passant par l'extraction, afin de mieux les valoriser, tout en luttant – autant que possible, compte tenu de la situation sécuritaire dans l'est congolais – contre les circuits illégaux. Surtout, les royalties prélevées sur chacun de ces minerais devraient tripler, passant de 3,5 % à 10 %. Kinshasa entend ainsi « stabiliser les marchés, limiter les effets de la volatilité des cours mondiaux et renforcer la souveraineté économique du pays sur ses ressources ».

Le classement du lithium dans la catégorie des minerais stratégiques intervient au moment de la mise en service, en juin dernier, de la prometteuse mine de Manono, dans la province du Tanganyika (au sud-est, sur les rives du lac éponyme). Découvert en 2020, ce gisement de 44 millions de tonnes constitue la plus importante réserve au monde de « lithium roche », alors même que le marché des batteries au lithium-ion s'avère en pleine croissance. Une partie du site de Manono est exploitée par le groupe chinois Zijin Mining via sa filiale Jinxiang Lithium, avec la participation de l'entreprise publique congolaise Cominière (35,1 %) et de l'État (10 %). Environ 100 000 tonnes de sulfate de lithium pourraient en être extraites chaque année. La société américaine KoBold Metals, soutenue par Jeff Bezos et Bill Gates, prospecte également dans la région avec l'aide de l'intelligence artificielle. KoBold Metals, qui veut investir un milliard de dollars à Manono, a signé il y a un an un accord avec les autorités congolaises. En décembre dernier, la signature à Washington d'un « accord de paix » (resté largement lettre morte) entre Kinshasa et Kigali s'était accompagnée d'un partenariat entre la RDC et les États-Unis, donnant la priorité aux investisseurs américains. L'ARECOMS insiste sur le fait que la constitution de réserves stratégiques, si elle parvient à stabiliser les prix, devrait aussi aider la RDC à renforcer la confiance des investisseurs étrangers.

Avis

Dans le cadre de la mise en œuvre de son Plan des Services et Equipements (PSE) 2023-2027, l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à  Madagascar (ASECNA) lance un Appel d’Offres International Ouvert relatif à l’« Acquisition des équipements du Nouveau Bloc Technique et de la Nouvelle Tour  de contrôle de l’Aéroport International de Bissau ».

Publié le 3 juillet 2026 à 12h51