La résilience... jusqu'à quand
Il y a d’abord eu le Covid. Pour la première fois depuis près de vingt-cinq ans, l’Afrique est entrée en récession en 2020. À cause de la chute des flux commerciaux et des prix des matières premières, à laquelle se sont ajoutés des confinements successifs particulièrement violents dans des pays où l’économie informelle apporte des revenus de subsistance au jour le jour, des dizaines de millions de personnes, d’après les chiffres de la Banque mondiale, sont alors retombées dans l’extrême pauvreté.
Un choc qui a ruiné en quelques mois les efforts louables de certaines politiques de développement menées par les gouvernements. Et engendré des pertes d’emploi, une hausse des prix des denrées alimentaires, une baisse drastique des transferts d’argent de la diaspora, etc.
Deux ans plus tard, la guerre en Ukraine, certes géographiquement éloignée des savanes et des forêts du continent, éclate. Et là encore, elle charrie son lot de répercussions dévastatrices, qui s’abattent sur des économies africaines fragiles. Ces dernières sont dépendantes de l’importation de blé, de maïs, d’engrais. Conséquence: une seconde secousse, entraînant des augmentations sur le prix du pain et des produits de base, ainsi que l’aggravation de l’insécurité alimentaire.
Comme l’adage le dit: jamais deux sans trois… La guerre en Iran, menée par Ies États-Unis et Israël depuis plus d’un mois, qui impacte directement le Liban et les pays du Golfe, occupe les médias du monde entier. La plupart des pays réagissent, condamnant majoritairement l’attaque, mais surtout – au-delà des postures politiques sur la légitimité ou non du conflit se positionnent et préparent leur économie aux répercussions immédiates: la flambée du prix de l’or noir, assortie de la rupture des chaînes d’approvisionnement mondiales et de la hausse brutale des prix du transport, tant que le détroit d’Ormuz sera bloqué.
Comme souvent, si l’on regarde en boucle les chaînes internationales, pas de son ni d’image sur le continent africain. Pas de réaction officielle de la part des pays. Ni de tentative d’analyse sur les retombées que la guerre aura sur eux. Comme si l’Afrique était une sorte de continent fantôme, totalement étranger aux bouleversements mondiaux et à leur violence…
Si, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a récemment exprimé « sa profonde préoccupation face à l’intensification des hostilités dans le Golfe ». En précisant : « Toute perturbation prolongée dans le golfe Persique menacerait les flux pétroliers et gaziers mondiaux. Une flambée des prix de l’énergie aurait un impact immédiat sur les économies ouest-africaines.» Certes…
Car oui, c’est bien chez nous que le contrechoc risque à nouveau d’être le plus rude. Ou plutôt, il l’est déjà! Le prix du litre d’essence à la pompe flambe, le coût des transports aussi. Les céréales, les intrants agricoles et le pétrole raffiné, dont le continent dépend de l’importation, ont aussi vu leurs tarifs bondir. La crise remet en lumière une fragilité structurelle: la dépendance de nombreuses économies africaines aux importations énergétiques et alimentaires. Il en découlera, mécaniquement, un ralentissement de la croissance, des budgets publics détériorés et des tensions sociales potentielles…
Sans parler des pays de l’AES, dont certains reçoivent un soutien iranien pour leurs opérations de sécurité intérieure. La République islamique risque d’être clairement occupée ailleurs. Bref, un troisième choc majeur pour l’Afrique, que la faiblesse de la plupart des économies expose en première ligne de manière récurrente. Et même si une poignée d’États producteurs et exportateurs de pétrole brut pourront peut-être bénéficier de l’augmentation du cours mondial du baril, leur dépendance à l’importation de l’essence à la pompe pénalisera de toute façon leurs populations. Toujours elles… Jusqu’à quand?