Aller au contenu principal

À la Réunion, une exposition sur l’histoire méconnue des engagés

Par Astrid Krivian Cédric Bouvier
Publié le 27 mars 2026 à 14h58
Share

À Saint-Leu, à la Réunion, le musée Stella Matutina, ancienne usine sucrière, présente l’exposition « Les Engagés du sucre » consacrée à l’engagisme, système colonial d’exploitation des travailleurs succédant à l’esclavage. Pan ignoré de l’histoire, il a commencé sur cette île dès 1828, avant la seconde abolition française de l’esclavage en 1848. Jusqu’en 1938, plus de 164 000 individus, principalement des hommes mais aussi des femmes, sont recrutés, de manière forcée ou volontaire, pour servir de main d’oeuvre dans les plantations et les industries du sucre de l’île, à la demande des propriétaires et de l’administration coloniale française. Ces engagés étaient pour beaucoup originaires de l’Inde, mais aussi d’Afrique de l’est, de Madagascar, de Rodrigues, des Comores, de Chine, du Vietnam, des îles du Pacifique. À la différence des esclaves, ces travailleurs recevaient un salaire, conservaient leur nom, leur religion, leurs pratiques culturelles, signant un contrat de plusieurs années, d’une durée variable selon leur origine, avec la possibilité d’être ensuite rapatriés. Leurs conditions de travail et de vie demeuraient extrêmement difficiles dans ce contexte de domination coloniale. Si certains engagés sont rentrés ensuite dans leur pays de provenance, d’autres sont restés, façonnant cette société réunionnaise multiculturelle, irriguée des différents apports religieux, spirituels, culturels. Le culte des ancêtres, notamment, demeure très ancré aujourd’hui, une mémoire vivante héritée de ce passé, ce « tan lontan », comme on dit à la Réunion.