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La révolution et nous

Par zlimam
Publié le 22 février 2011 à 22h00
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Pour la première fois de l’Histoire, une rue arabe s’est soulevée avec succès. Sans coup d’État. Ce qui semblait impossible, l’expression populaire, le changement de système politique, la libre parole, tout cela est devenu une réalité en quelques jours.

Les islamistes, repoussoirs habituels de la démocratie, n’ont joué aucun rôle. Ce fut une révolution « rurale » bien avant que ses slogans soient repris par les élites des grandes villes. Et surtout ce fut une révolution jeune. Ce sont elles et eux qui ont poussé le mouvement. Qui en appellent à des principes universels : démocratie, justice, égalité. Ce n’est pas une révolution moyenâgeuse.

C’est une révolution moderne. Et (clin d’œil à notre responsable des ventes…) qui concerne tout autant l’Afrique subsaharienne.

Les révolutions ont l’avantage de bouleverser l’ordre des choses, de mettre chacun face à ses responsabilités et de poser de vraies questions. À Tunis, sur le Net, sur ma page Facebook, je suis parfois interpellé (euphémisme…) sur nos relations (en tant que magazine) et sur mes relations (en tant que Tunisien) avec l’ancien pouvoir. « Vous avez été complaisant, vous avez pris de l’argent, vous avez été complice de l’ATCE. » L’ATCE (Agence tunisienne de communication extérieure) étant l’organisation gouvernementale regroupant tous les budgets publicitaires de l’État (c’est-à-dire 80 % du marché).

Ces accusations proviennent souvent de personnalités légitimes, qui ont souffert du système ou de ses agents. Et aussi souvent de personnes qui feraient mieux de regarder avec lucidité leur propre arrière-cour. Je vais y répondre pour clarifier notre/ma position.

Bien sûr, nous avons traité avec l’ATCE, en particulier concernant la publicité. Pour un magazine international et panafricain, c’était un partenaire obligé et une institution officielle. Et nous vivons de la publicité. C’est le business model de toutes les entreprises de presse.

Nous ne bénéficions pas d’un grand marché européen pour nous soutenir. Sur les trois quarts de notre marché « naturel », la publicité est contrôlée plus ou moins directement par le pouvoir politique. Tout notre métier, c’est justement d’exister, d’informer le plus librement possible tout en « gérant » la puissance politique.

En tant que magazine, et depuis notre création, c’est-à-dire depuis près de vingt-huit ans, nous avons voulu exister en Tunisie. Et influer sur le système de l’intérieur. Nous avons fait collaborer des personnalités indépendantes, nous avons mis en avant de nouveaux talents. Nous nous sommes intéressés à la société tunisienne et à ses évolutions.

Nous voulions être et nous voulons être un magazine vivant, disponible, apportant un regard diversifié sur le pays, sur l’Afrique et le monde. Notre message, avec les mots et entre les mots, a toujours été le même : plus d’ouverture, plus de démocratie, plus de modernité. Les limites, les fameuses lignes rouges fixées par le régime, étaient très serrées et nous avons décidé d’exister entre ces lignes, au maximum de ce qui était possible.

Ce n’était pas héroïque, ce n’était pas parfait, c’était raisonnable. Et je le dis clairement : j’assume et nous assumons cette ligne éditoriale, ce choix.Aujourd’hui, nous sommes fiers et heureux de pouvoir faire notre travail dans une Tunisie libre sur le chemin de la démocratie, sans censure. Et on pourra nous juger sur pièce. Et nous serions heureux et fiers que cela soit le cas dans toute l’Afrique.

Par Zyad LIMAM