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Editos

La seule route possible

Par Zyad Limam - Publié en juin 2021
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Quand j’étais jeune homme, je rêvais de paix en Terre sainte, entre Israël et les Palestiniens. L’an 2000 me semblait un horizon raisonnable et symbolique. Je rêvais de Jérusalem, ville ouverte, capitale de deux États souverains. Les images des accords d’Oslo (13 septembre 1993), Rabin et Arafat sur les pelouses de la Maison-Blanche, se serrant la main autour de Bill Clinton, auront eu autant d’effets sur ma génération que celles de la libération de Mandela (11 février 1990) sortant en plein soleil de sa prison sud-africaine.

Je suis allé à Jérusalem en juin 2008, journaliste accompagnant Nicolas Sarkozy, alors président de la République française. Et pendant que certains fumaient le cigare sur les belles terrasses ombragées du fameux hôtel King David, j’avais pu mesurer la violence physique du conflit. Un taxi palestinien m’avait emmené le long du mur, cette balafre de ciment et de barbelés qui isole les territoires occupés. J’avais pu voir les colonies, à l’horizon, qui mangent chaque jour un peu plus les terres palestiniennes, j’avais pu croiser une multitude de soldats de Tsahal armés comme des porte-avions à tous les carrefours de la partie arabe. Et changer de monde aussi en changeant de quartier, en passant de l’est à l’ouest de la ville (avec sa culture ultraorthodoxe). Mesurer à quel point l’étroitesse des lieux, du pays, l’entrechoc des nationalismes, des mémoires, et des dieux impliquait dans la psyché des uns et des autres.

Les années ont passé, j’ai vieilli, l’an 2000 est déjà loin, et le drame est resté aussi prégnant, intolérable, avec son cortège de tragédies humaines. La société israélienne a basculé fortement à droite, dans le « sionisme religieux », le mot « paix » est sorti du vocabulaire politique. Les années Netanyahou auront été marquées par le torpillage de toutes les options diplomatiques, la marginalisation accrue des Arabes d’Israël (21 % de la population), le maintien d’une politique dure d’occupation en Cisjordanie (plus de 3 millions de personnes) et à Jérusalem-Est (350 000 Palestiniens). Et le développement sans limite des colonies (400 000 colons installés en Cisjordanie). La bande de Gaza, officiellement évacuée en 2005 après la seconde intifada, maintenue en réalité sous le statut de prison à ciel ouvert depuis 2007 et la prise du pouvoir par le Hamas, compte 2 millions d’habitants (pour la plupart descendants des réfugiés de 1948) qui vivent dans des conditions subhumaines. Le territoire aura connu quatre guerres dévastatrices entre 2008 et 2021, la toute dernière en mai dernier, roquettes contre bombardements massifs, stupéfiants.

Au fil du temps, l’autorité palestinienne s’est décrédibilisée face à l’intransigeance israélienne, au faible soutien international, et aussi par sa propre incurie. Le Hamas est monté en puissance, mais la radicalisation « hors système » d’une jeunesse palestinienne aussi, en Israël comme dans les territoires. En Israël, la démocratie s’affaiblit chaque jour un peu plus sous le poids des fortes pressions religieuses, identitaires, et via le coût moral et politique de l’occupation. La démographie, très vivace côté palestinien, menace les « équilibres » à moyen terme. Toute comme l’évolution des opinions publiques internationales, en particulier dans les communautés juives libérales aux États-Unis et en Europe. La solution à deux États apparaît comme morte face aux réalités du terrain. La solution à un État, égalitaire, « one man, one vote », apparaît, elle, comme une illusion très lointaine face aux gouffres béants entre communautés. L’expression « apartheid » se substitue petit à petit au mot « statu quo » dans le langage d’une partie des organisations de défense de droits de l’homme.

Nous sommes en 2021, au temps du Covid, du réchauffement climatique. Et ici, entre Tel Aviv, Haïfa, Jérusalem, Ramallah, Gaza…, se joue aussi une partie de notre avenir commun. Une Israël-Palestine sur le chemin du seul dialogue possible, le dialogue politique (« on ne fait pas la paix avec ses amis »), transformerait les données stratégiques (on pense à l’Iran et l’Arabie saoudite) et ouvrirait un immense champ des possibles, pour Israël, la Palestine, les juifs, les Arabes, la région, le reste du monde

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