Lala &ce
Le rap en apesanteur
Entre racines ivoiriennes, culture hip-hop et héritage queer, la rappeuse française d’origine ivoirienne affirme son univers cloud avec Oasis.
«Lala», c’est le surnom de sa grand-mère, Laoré. «&ce» traduit son amour pour le tennis, en particulier ses icônes féminines, parce que c’est beau de «voir une femme noire gagner dans un sport qui n’est pas fait pour elle», résume-t-elle avec son sens de la formule, efficace et gracieux. Même si Mélanie Berthinier ne se laisse pas facilement impressionner. Car elle est une rappeuse toutterrain, née à la fin du XXe siècle, en banlieue lyonnaise, d’un père français et d’une mère ivoirienne. Ces racines sont d’ailleurs racontées dans le documentaire qui lui est consacré actuellement sur France TV, Lala &ce 30, qui rapporte également son lien à l’art, à son métissage.
Biberonnée à Missy Elliott et T-Pain comme aux sonorités traditionnelles ivoiriennes, la future Lala &ce a entre autres étudié le marketing avant de se consacrer à un rap atmosphérique sous influence cloud, et résolument collectif puisqu’elle a fait ses débuts aux côtés des Lyonnais de 667. Servi par un Auto-Tune qu’elle utilise à la façon d’un instrument, son timbre est nonchalant, porté par une sensualité lesbienne assumée (qui fait d’elle l’une des rares icônes de la visibilité LGBTI+ sur le sol musical hexagonal) et des arrangements sophistiqués. Des marques de fabrique que l’on retrouve sur son troisième album, Oasis. Plus intime que le précédent, dont le concept tournait autour d’un imaginaire dystopique, ce disque cultive l’organique, tout en brillant toujours par son épure. On y entend des échos R’n’B, dancehall, mais aussi grunge et gospel… Entre sensualité et mysticisme.
Un nouveau joli coup de Lala &ce, qui ne cesse d’affirmer l’indépendance du corps féminin contre le machisme ambiant, sans oublier des éclats poétiques qui confèrent toute sa singularité à son rap stellaire. Qui n’interrompt jamais sa quête, car, comme le soutient la musicienne, «si on est uniquement satisfait, on n’est pas vraiment libre».