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LE « BOSS STRESS »

Par empontie
Publié le 17 novembre 2013 à 22h22
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LES LECTEURS ne le savent peut-être pas, mais obtenir de nos jours trois mots d’un sous-chef ou d’un directeur dans un journal relève de la croix et la bannière. Phénomène connu dans certaines grandes boîtes occidentales : la parole de chacun des « employés », y compris celle d’un DG local d’une multinationale, est soumise à un protocole d’autorisation de la hiérarchie hallucinant. D’où un stress permanent où l’on privilégie les discussions « off » en vous faisant jurer cracher par terre que vous ne citerez pas votre interlocuteur. Et s’il obtient l’aval pour gazouiller dans votre magnéto, une batterie de directeurs de com vous harcèlent et vous supplient de relire la prose avant qu’elle paraisse dans le journal. Et la plupart du temps, on se retrouve avec un bloc de béton en guise d’interview. Bref, c’est quand même un peu triste que l’on ne se fasse pas un peu plus confiance. Entre collègues de la même entreprise d’une part, et au journaliste pas forcément nul que vous avez en face de vous, ni obligatoirement obsédé par le croustillant ou le montage en épingle négatif de tel ou tel propos. Mais alors, en Afrique, tout ça prend des proportions encore plus délirantes.

On assiste à une grande parano généralisée, qui caracole à son point culminant quand il s’agit du secteur public. En gros, les sous-directeurs des ministères ne vous reçoivent même pas. C’est plus simple : ils sont sûrs ainsi de ne pas risquer leur poste. Et vous orientent direct sur le ministre, sans vous donner le contact, bien sûr, qu’en général, ils n’ont pas. La règle : pour vivre heureux, vivons cachés. Le ministre vous reçoit facilement. Pour une « visite de courtoisie », presque par réflexe diplomatique. Mais pour parler, la plupart du temps, ils doit demander l’aval écrit... du président. Ce dernier, à travers ses services vaguement occupés à autre chose, répond ou pas. Et, de toute façon, toujours trop tard s’il s’agit d’un sujet d’actualité sur lequel il faut vite rebondir. Parfois, votre interlocuteur accepte de parler, mais pas de ci, ni de ça. Super... En réalité, le truc, c’est qu’on a peur de faire de l’ombre au chef, qui pourrait en prendre ombrage. Donc, on préfère garder profil bas. Idem pour les prises de vue. Pas question qu’un chef (de société, d’État) voit paraître sa photo en plus petit que celle d’un de ses subordonnés. Je me souviens d’un DGA en Afrique centrale qui n’a pas dormi durant des jours parce qu’on avait passé son portrait plutôt que celui de son boss dans un article. C’est fou, ça. Ça serait bien de se détendre un peu, non ? La communication, ça compte ! Et plus elle est naturelle, plus elle est efficace. Si, si... on vous le jure!.

Par Emmanuelle PONTIÉ