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Le français, une langue africaine...

Par zlimam
Publié le 22 février 2011 à 15h54
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Un exécutif tournant, une femme chef d’État, deux femmes ministres de haut rang, une démocratie directe unique au monde. Et ceci expliquant largement cela, en fin de compte, un sommet un peu « étroit », sous très haute surveillance, organisé, rigueur oblige, avec des bouts de chandelle (Montreux aura coûté le tiers de la facture de Québec en 2008). Quant aux journalistes, ils auront été traités à la dure, confinés dans un sous-sol lugubre (et la plupart d’entre eux logés à des kilomètres de Montreux…). Commentaire d’un de mes amis sur ma page Facebook : « D’accord, mais eux, au moins, ils ont la liberté de la presse… ! » Exact. Revenons donc sur le fond.

Je ne suis pas sûr que tout le monde ait la même idée de la Francophonie. Pour les pays du Nord, la Francophonie c’est avant tout un instrument de politique multilatérale. On fait passer les idées, on essaie de mobiliser les troupes pour les Nations unies, pour le G20, pour le G8. C’est aussi un moyen pratique pour adresser des commentaires sur les droits de l’homme, la gouvernance, la corruption, en évitant les tête-à-tête bilatéraux embarrassants. Pour les pays du Sud, la Francophonie devrait être avant tout un instrument de développement. Un canal privilégié de coopération…

Dans les deux cas, le système n’est pas opérationnel. Et l’on aurait envie de dire à nos dirigeants du Nord comme du Sud : oublions les grands bla-bla stratégiques et les illusions (la Francophonie n’imprime ni les dollars ni les euros…). Focalisons-nous sur ce qui est faisable : une action ambitieuse de promotion de la langue française et la défense des exceptions culturelles ; une vraie politique d’éducation, de formation, d’apprentissage du français, avec des moyens, de la volonté. Et, last but not least, une politique sincère de libre circulation des personnes dans l’espace francophone. Que les cadres, les étudiants, les artistes, les créateurs puissent voyager plus facilement et donner de la vie et de la substance à ce concept d’« espace partagé ».

L’organisation dirigée (avec équilibre…) par Abdou Diouf peut également accentuer sa capacité de médiation (on l’a vu en Guinée récemment), mais aussi et surtout son autorité morale. Exemple : Haïti. La communauté internationale avait promis 100 milliards de dollars pour la reconstruction. Moins de 10 % ont dû être décaissés. Le tout remis à des ONG qui ont littéralement pris le pouvoir à Port-au-Prince. Et le choléra arrive aux portes de la ville… On a entendu, un peu, la voix du Québec, les propositions symboliques d’Abdoulaye Wade, celles de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Mais on aurait voulu être assourdi par la voix commune de la Francophonie. Ressentir, pour une fois, une vraie « communauté »…

Autre point d’importance. La Francophonie, c’est tout de même la France. Mais elle est absente. Elle coupe les crédits culturels. Elle n’a plus vraiment de politique africaine. On ne l’entend pas, ou si peu, sur Haïti. Ni sur les droits de l’homme. Pour la seconde fois d’affilée, Nicolas Sarkozy n’aura passé que quelques heures au sommet. On se gratte la tête. Les Français veulent jouer dans la cour des grands tout en se sabordant dans leur espace stratégique numéro un. Il faudrait peut-être prendre les choses à l’envers.

Le français est en train de devenir une langue africaine. Plus du tiers des locuteurs se trouve aujourd’hui sur le continent. Plus de la moitié demain. Et quand l’Afrique s’éveillera, quand son économie entrera définitivement dans la globalisation, alors le continent entraînera le français avec lui dans une nouvelle modernité.

Par Zyad LIMAM