Le vote, les jeunes et le changement
QUE PENSENT LES JEUNES de la politique et de l’action des partis politiques en particulier ? Une enquête réalisée récemment au Maroc laissait apparaître un « bof » généralisé, une défiance évidente à l’égard du système. Un ras-le-bol qui s’est aussi exprimé dans la rue avec, notamment, le Mouvement du 20 février. Mouvement qui a d’ailleurs appelé au boycott des législatives du 25 novembre, sans doute une manière de faire entendre leur voix en n’allant pas voter… ce qui me semble contradictoire et contre-productif. Dans nos pays, il me semble que les initiatives privées pour lutter contre l’abstention lors des élections sont souvent plus pertinentes et engageantes que les campagnes gouvernementales. Je reste encore marqué par cette vidéo virale sur YouTube qui filme, à la manière d’un reportage amateur, des gens déambulant dans les rues de Tunis soudain surpris, inquiets, captivés de voir réapparaître sur les murs de leur ville une immense affiche de l’ex-président Ben Ali. Chacun semble se demander ce que vient faire là cette étrange publicité, alors que la révolution est terminée. L’étonnement général se mue rapidement en une colère collective et un groupe de passants s’approche et déchire violemment cette photo provocante… Surprise ! Derrière l’affiche, maintenant lacérée, les passants découvrent un message caché : « Allez voter ! La dictature peut revenir. » Cette opération très inspirée des actions de « street marketing » et relayée sur les réseaux sociaux était une initiative citoyenne et non gouvernementale basée sur l’humour et l’autodérision. Autant d’ingrédients qui visent à toucher les jeunes et les inciter à aller voter. Une autre initiative, dont Hit Radio est partenaire, proposait un concours sur le Web invitant les apprentis vidéastes à produire de minifilms citoyens d’appel au vote en vue du scrutin du 25 novembre. Le lauréat de ce concours intitulé « Souwwer ou souwwet » (« filme et vote ») a réalisé une oeuvre autour de la problématique « C’est quoi, ta première fois ? ». Elle a été visionnée plus de 100 000 fois sur YouTube (http://vote.hitradio.ma). Les artistes eux-mêmes se mobilisent, et les messages se multiplient quel que soit le pays ou le système politique. C’est d’ailleurs cet esprit qui prévalait également dans les séries « Don’t vote » (« n’allez pas voter ») produites par Steven Spielberg, sensibilisant les jeunes à leur devoir de citoyen américain, et où les messages étaient portés par Snoop Dogg, Leonardo DiCaprio ou encore Cameron Diaz. Pour toucher les jeunes et conquérir leurs voix, il faut donc un peu de star-système, beaucoup de réseaux sociaux et une pincée d’humour. Se rendent-ils pour autant dans les bureaux de vote ? Pour ma part, je veux y croire ! Au Maroc, on a pu noter une augmentation du taux de participation de plus de 10 points entre les législatives de 2007 et celles de 2011. Certains observateurs internationaux, mandatés dans différents bureaux de vote à travers le pays, ont même été surpris de voir, ce 25 novembre, défiler autant de femmes et… de jeunes. Il est évident que, parmi ces nouveaux « votants », certains accomplissaient leur devoir de citoyen pour la première fois de leur vie. Ces élections ont d’ailleurs permis un renouvellement et un rajeunissement des élus de la nation en même temps qu’une meilleure représentation des femmes au Parlement. Et en observant ce qui se passe en Tunisie, nous pouvons penser que, lorsque les enjeux sont majeurs, ce sont les jeunes qui font la différence. Ce sont eux, semble-t-il, les moteurs d’un réveil démocratique. Car, prenant de plus en plus la parole sur la scène publique, ils vont acquérir cette maturité politique dont tous les pays du continent, du Maroc au Congo, ont besoin. Ils sont la clé de demain et commencent à être, dès aujourd’hui, les acteurs du changement. Faisons confiance à nos jeunesses !
Par Younès BOUMEHDI Directeur de la station privée Hit Radio (Maroc).