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Interview

Léonie Pernet
Le retour aux sources

Par Sophie Rosemont - Publié en décembre 2021
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Dans son second album, Cirque de consolation, la musicienne française chante mieux que jamais. Et mêle des propos engagés à l’électronique occidentale ou des musiques traditionnelles ouest-africaines.

AM : Après la révélation de votre premier album, Crave, comment avez-vous abordé le virage toujours risqué que représente un second disque ?

Léonie Pernet. JEAN-FRANÇOIS ROBERT
Léonie Pernet. JEAN-FRANÇOIS ROBERT

Léonie Pernet : Rien n’aurait pu être plus douloureux que la naissance de Crave, donc ça a été moins stressant que ce qu’on pourrait imaginer ! Ce qui a changé, c’est que j’ai travaillé ma voix, j’ai écouté d’autres musiques… Mon besoin d’ouverture était profond. J’avais envie de texte, de chant, de plus de percussions et d’éléments organiques. D’être moins vaporeuse, en quelque sorte ! Surtout, j’ai décidé de travailler avec un réalisateur, Jean-Sylvain Le Gouic. À mes débuts, j’étais seule aux commandes car j’avais peur qu’en collaborant avec un homme, on puisse penser que les idées venaient de lui, alors que j’écris et compose tous mes morceaux. Mais cette fois, j’étais en confiance, et j’ai pu aller plus loin encore du point de vue créatif.

 

 

Dans Cirque de consolation, les influences africaines s’imposent. Un retour aux sources ?

Oui, elles accompagnent l’acceptation des origines de mon père biologique, touareg du Niger. Je l’ai enfin rencontré il y a quelques années… et je n’ai pas de mots pour expliquer à quel point cela a été fort. Cette grande réconciliation personnelle m’a naturellement ouverte à d’autres espaces culturels, notamment cette part africaine que je porte en moi. Car pendant longtemps, je n’ai pas eu conscience de la richesse artistique du continent, même si j’ai toujours parlé de métissage et d’hybridation, et que je suis férue de la littérature de Frantz Fanon et d’Édouard Glissant – le concept de Tout-Monde m’a beaucoup impressionnée.

Dans cet album très personnel, vous évoquez l’addiction, la reconstruction, l’amour, mais aussi le racisme…

Jusqu’à ce que je rencontre mon père, j’avais l’impression d’être libre, de bien vivre mon homosexualité et mon métissage, par exemple. Mais j’ai compris que c’était un leurre, et que je portais par ailleurs un racisme à mon encontre en moi. C’est ce que raconte notamment le morceau « Intérieur négro ». Il fallait que j’aille chercher ma part noire…

Cirque de consolation, InFiné. DR
Cirque de consolation, InFiné. DR

Quelle musique africaine écoutez-vous ?

J’ai longtemps écouté de la musique arabe, mais quand j’ai découvert la scène ouest-africaine, ça a été un choc ! J’aime Tinariwen et le blues touareg, les modes harmoniques de la musique malienne… J’emprunte même une kora dans « À rebours ». Pour mon concert parisien de la Cigale [le 25 mars prochain, ndlr], je rêve d’inviter Toumani Diabaté ! La scène électronique africaine est également très enthousiasmante, je suis fan du collectif et label Nyege Nyege.

 

 

Pourquoi ce très beau titre, quelque peu mélancolique, Cirque de consolation ?

C’est un endroit qui existe, mais que je n’ai jamais visité ! J’en ai découvert l’existence par hasard, en rentrant d’un concert en Suisse, il y a quelques années. C’était un trajet long, pénible, un peu étrange. Par la fenêtre du van, j’ai vu ce panneau qui indiquait « Cirque de consolation ». J’ai eu l’impression qu’il m’était adressé ! Quelques mois plus tard, j’ai écrit un morceau du même nom. Ce titre est littéraire, poétique, et résonne avec mon chemin familial. Outre le clin d’oeil à La Société du spectacle, de Guy Debord, il y a dans ce titre quelque chose qui interroge notre humanité d’aujourd’hui…

Vous chantez en français, les rythmiques sont très présentes… C’est un nouveau départ ?

Cet album, c’est la suite de Crave, qui parlait beaucoup du manque. Sa suite naturelle, c’est la consolation. Puis la tentative de joie… À la sortie de mon premier disque, j’avais déjà commencé à chanter en français et trouver un nouveau ton. Après mes premières chansons dotées de beaucoup de passages lents et sombres, je voulais ramener de la lumière en ce bas monde ! 

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