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LES CENTRES DU MONDE

Par zlimam
Publié le 18 avril 2014 à 10h24
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TOUT D’ABORD, IL Y A LA CRISE UKRAINIENNE et la rapidité avec laquelle la Russie de Vladimir Poutine aura fait valoir ses intérêts sur une terre « russophone », la Crimée. En foulant assez largement aux pieds toutes les règles du droit international. Ce n’est pas très brillant en matière de légalité, mais c’est rudement efficace. La Russie veut effacer l’humiliation de la dissolution de l’empire soviétique, l’humiliation de l’après-guerre froide. Elle lutte contre la politique d’encerclement menée par l’Occident, avec la multiplication de « pays Otan » à ses frontières. La Russie veut redevenir une très grande puissance. Et comme le dit Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères français et remarquable observateur de ce monde nouveau en train de naître, « nous avons presque de la chance d’avoir un Vladimir Poutine au pouvoir à Moscou. Cela aurait pu être nettement pire »...

Autre image parlante, la tournée européenne du leader chinois Xi Jinping à la fin mars. Avec tapis rouge et impressionnante série de courbettes pour l’accueillir. Clairement, on voit qui est le « boss », même si la Chine est encore loin de l’hyperpuissance politique. Car bien qu’elle doive affronter d’immenses défis internes, écologiques, sociaux, démocratiques, elle est de facto une puissance économique planétaire. Elle « drive » la croissance globale. Sa monnaie, le yuan, influence le cours des grandes devises internationales. Entre 2000 et 2014, la Chine aura triplé son PNB. Triplé! Et la défense de ses intérêts stratégiques, son accès aux ressources naturelles et aux marchés vont peser de plus en plus dans les grands arbitrages planétaires.

On pourrait évidemment évoquer d’autres pays, d’autres membres des Brics. L’Inde et son milliard d’habitants (qui vont s’apprêter à élire un gouvernement nationaliste hindou), le Brésil, le Mexique, l’Indonésie, la Turquie, la Colombie, la Corée du Sud... Des puissances économiques montantes, encore fragiles, mais qui s’affirment comme des centres de décision politique autonomes.

Ces évolutions multiples s’inscrivent dans un mouvement historique spectaculaire : la fin de la toute-puissance occidentale, de l’hyperpuissance américaine, et la marginalisation progressive de l’Europe. Près de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et une cinquantaine d’années après la décolonisation, il n’y a plus de centre unique, il y a « des centres », en recherche d’un nouvel équilibre. Le modèle est remis en question y compris sur les plans identitaire et culturel. La diversité du monde explose! Le format directoire « G7 » laisse la place, symboliquement et dans la pratique, au format « G20 » (90 % du PIB mondial). Cette perte de « centralisme » n’est pas forcément une excellente nouvelle pour la stabilité générale, mais elle annonce la complexité du monde à venir. Voila sûrement l’un des acquis majeurs de la présidence Obama : il aura tenté d’adapter la puissance américaine à ce nouvel état de fait.

Reste le sort des plus pauvres, ce tiers de l’humanité qui pèse moins de 10 % de la richesse du globe. Les révolutions arabes (voir p. 30) et l’émergence progressive de l’Afrique montrent que là non plus rien n’est immobile et que tout change.

Par Zyad LIMAM