Les chemins de la vraie liberté
Il faut se défaire des systèmes autoritaires, sans liberté, des systèmes corrompus où la richesse ne profite qu’à quelques-uns. Il faut ouvrir un chapitre nouveau, donner l’exemple. Sachant, évidemment, que tout cela sera politiquement très compliqué. Difficile. Fragile. Je ne suis pas (encore) pessimiste. Mais je regarde la désorganisation. Les ambitions personnelles. Les règlements de comptes. L’absence de leadership. Je vois ces débats sans fin sur les processus constitutionnels. Je vois la pauvreté s’installer. Je crois en la démocratie. J’espère que nous pourrons construire « notre monde meilleur ». Mais la démocratie ne se construit pas en un jour, ni même en une génération. Elle a besoin de temps, de persévérance, de cohésion nationale. L’objectif n’est pas de devenir immédiatement la Suède. L’objectif, c’est de se retrouver, de se réunir, de poser les bases d’une société plurielle, en construction. Et de travailler à long terme. Je crois en la démocratie, mais je crois aussi qu’elle ne peut naître et prospérer sans l’économie, sans créer des richesses. Elle a besoin de croissance, d’une grande classe moyenne, forte, qui constitue le socle du pays. Je ne suis pas un spécialiste. Mais regardons comme le progrès économique favorise l’émergence de vraies sociétés politiques au Brésil, en Corée du Sud, en Indonésie, en Turquie, en Afrique du Sud, au Chili, ailleurs… Regardons comment les démocraties pauvres d’Afrique subsaharienne s’enlisent dans des conflits ethnico-religieux pour le contrôle du pouvoir et des ressources. Regardons comment la crise économique fragilise des démocraties que nous pensions établies, en Grèce, en Espagne. Regardons comme le progrès économique va transformer petit à petit un empire autoritaire comme la Chine. La réalité, malgré les propagandes diverses, c’est que les pays arabes sont pauvres. La réalité, c’est que le PIB par habitant, en dollars courants, de la Tunisie (la nation la plus avancée) n’est que de 4 000 dollars en 2009, celui de l’Égypte ne dépasse pas les 2 300 dollars. Et le Maroc stagne aux alentours des 2 800 dollars. À part les émirats pétroliers, qui n’ont qu’à creuser pour trouver du pétrole, nous ne produisons pas (assez) de richesses. Nous sommes à la périphérie du progrès. La globalisation est passée à côté de nous. Les investissements extérieurs, signes de la confiance des autres, sont négligeables (et pourtant nous sommes aux portes de l’Europe, le plus grand marché du monde). Dans la plupart de nos pays, l’État est au coeur du « business ». Dans la plupart de nos pays, les oligarchies politiques se sont énormément enrichies. Dans la plupart de nos pays, les écarts de richesse se creusent. La révolution accentue les défis. Les revendications désorganisent les circuits de productions et font fuir les capitaux. Pour reprendre une expression économique, « la visibilité est nulle ». Le chômage augmente, la pauvreté augmente. L’instabilité s’accentue. Et l’on en arrive à espérer l’aide massive, probablement conditionnelle et aléatoire, des grands pays occidentaux, venus soutenir un « printemps arabe », auquel ils croient à peine… La vraie révolution dont nous avons besoin, c’est une révolution sociale, celle qui permet d’encourager les énergies créatrices, l’éducation, les projets d’entreprise, celle qui permet à chaque citoyen de construire son avenir. Celle qui assure l’égalité des chances, qui favorise le savoir, la connaissance. Celle qui nous permettra de sortir de notre isolement et de notre pauvreté. La liberté ne viendra que par notre capacité à créer de la croissance, de la richesse, de l’espoir pour tous.
LA DÉMOCRATIE NE PEUT NAÎTRE ET PROSPÉRER SANS L’ÉCONOMIE, SANS CRÉER DES RICHESSES, ELLE A BESOIN DE CROISSANCE…
Par Zyad LIMAM