Les FranÇais ont de la chance !
LA FRANCE RESTE L’UN DES TOUT DERNIERS PAYS OCCIDENTAUX, avec les États-Unis évidemment, la Grande-Bretagne (et aussi l’Allemagne, si elle pouvait assumer politiquement), à pouvoir projeter une force armée à près de quatre mille kilomètres de ses frontières. Elle peut, en quelques jours, mettre en place une opération Serval qui mobilise des moyens matériels, humains et financiers considérables. Elle peut, pour un temps, prendre en main le dossier Sahel, la lutte contre les djihadistes et s’imposer à nouveau comme une puissance saharienne.
Avec plus de 160 ambassades, près d’une centaine de consulats, des milliers de diplomates de haut rang, la France demeure la deuxième puissance diplomatique du monde. On pourrait évoquer aussi la qualité des think tanks, du débat intellectuel, le rayonnement de Paris, des régions, l’attrait du mode de vie, rappeler que la France reste, bon an mal an, la première destination touristique mondiale. On pourrait souligner la puissance culturelle, la création, les médias. Et la Francophonie. On pourrait mettre en avant ce soft power, cette « puissance douce », devenue particulièrement importante dans un système globalisé. On pourrait enfin parler de vitalité, avec la démographie, qui fait que dans vingt, vingt-cinq ans, les Français seront à nouveau aussi nombreux que les Allemands (plus de 70 millions)...
La voilà donc cette France que l’on qualifie de « puissance moyenne », déclinante, ankylosée. Cette France qui reste malgré tout, malgré « sa petite taille », malgré le tempérament supposé rugueux de ses habitants, malgré ses blocages, l’une des nations majeures de la planète... Cette France que l’on dit en faillite demeure la cinquième puissance économique du monde en termes de PIB* (derrière les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne, juste devant le Royaume-Uni). Le revenu par habitant est moins glorieux. Vingtième rang mondial. Mais si l’on enlève les paradis pétroliers et les paradis fiscaux, la performance s’améliore. Et, après tout, les Allemands, si doués, sont juste devant (19e place). Et les Anglais sont derrière...
Reste la dette. La France n’a pas bouclé un seul budget à l’équilibre depuis 1973. Quarante ans! On pourrait dire des Français qu’ils refusent de s’ajuster au monde nouveau, qu’ils préfèrent emprunter plutôt que réformer. Et on aurait raison. Tout cela est vrai. Mais cela ne fait pas d’eux un cas particulier. Tout l’Occident s’endette avec joie et grandeur depuis des décennies. Les États-Unis sont virtuellement en situation de faillite. Tout comme le Japon. Et la quasi-totalité des pays européens. On devrait donc dire aux Français, au lieu de leur décrire en permanence un paysage sombre et mélancolique, qu’ils sont privilégiés, qu’ils ont de la chance.
Que la crise est là, mais que la crise est là pour tout le monde. Qu’ils vivent dans un grand pays. Avec du rayonnement, des moyens. Avec une démocratie vivante et rare. Que leur défi collectif est d’inventer un modèle de demain. Plus dynamique, plus souple, plus en phase avec les mutations du monde extérieur. Et disons-le, oui, plus libéral. Mais qui reste français...!
Par Zyad LIMAM