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Business

Les matières premières retrouvent des couleurs

Par Jean-Michel Meyer - Publié en avril 2021
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SHUTTERSTOCK

​​​​​​​Pétrole, blé, cuivre, maïs... Le prix de nombreux produits de base flambant depuis l’automne 2020, des banques anticipent un nouveau supercycle.

Supercycle. Le mot est magique et de nature à enthousiasmer le monde des matières premières, minières ou agricoles, après une année 2020catastrophique. Du cuivre à l’étain, en passant par le blé, le maïs, l’huile de palme ou le soja, le pétrole ou le fer, ils ont tous un point commun : leurs prix connaissent une forte poussée depuis l’automne 2020, laquelle se poursuit en 2021.Le Bloomberg Commodity Index, un indice composite qui représente l’évolution d’un panier très diversifié de matières premières, s’est apprécié de plus de 20 % depuis mars 2020. Sur un an, le prix du pétrole a gagné plus de 80 %, celui du gaz près de 100 %, tandis que les métaux de base ont tous progressé d’au moins 30 % et que les cours des principaux oléagineux et des céréales ont grimpé de plus de 25 % ! Plus globalement, le Bloomberg Commodity Index a atteint, fin février, son plus haut niveau depuis mars 2013.

Et même si la pandémie mondiale a fortement tiré ces prix vers le bas l’an passé, le rebond demeure spectaculaire. Il n’en fallait pas tant aux investisseurs et aux marchés financiers pour se projeter déjà dans le « monde d’après ».Les banques américaines JP Morgan et Goldman Sachs parlent même du début d’un nouveau « supercycle des matières premières ». Outre la prévision du retour de la croissance mondiale en 2021, l’optimisme actuel repose sur l’effet des campagnes de vaccination, les plans de relance, la faiblesse du dollar, le retour de l’inflation, la forte demande chinoise depuis l’été 2020et l’accentuation de la transition énergétique annoncée dans les pays industriels, basée sur les énergies renouvelables et les véhicules électriques, gourmands en métaux(cuivre, nickel, lithium, cobalt...).

Tombé à 20 dollars en mars 2020,le baril de Brent a ainsi franchi, dans la journée du 8 mars dernier, la barre des 70 dollars, après l’annonce d’un accord sur plan de relance américain de 1 900 milliards de dollars. « Je ne parie pas sur 70 dollars toute l’année. Je pense que le bon prix du pétrole se situe plutôt entre 50 et 60 dollars du baril », a tempéré le jour même Patrick Pouyanné, le PDG de Total.

Reste que la volatilité des prix est une autre tendance du moment. À l’image du nickel, du coton ou de l’or, qui a établi un record historique à plus de 2 000 dollars l’once l’été dernier, avant de perdre 18 % de sa valeur. Point dissonant, le spécialiste des marchés de matières premières Philippe Chalmin, déclarait au Mondemi-mars, que parler de super cycle était du « marketing pour les investisseurs »,préférant, lui, évoquer des « tensions sur le marché des matières premières »dues à une reprise de la demande plus forte et plus rapide qu’attendu.

MENACES SUR LE COBALT ?
Ces cinq dernières années, le prix du cobalt a grimpé de 132,26 %,à 25,20 dollars la livre mi-mars. Qualifié « d’or bleu », il est indispensable à la fabrication de batteries, pour l’automobile ou l’électronique portable. Mais face à son prix élevé et au coût humain (comme le travail des enfants) et environnemental de son extraction, l’américain Tesla – qui construit la plus grande usine de batteries au monde – a annoncé en septembre 2020 qu’il travaillait sur des batteries sans cobalt. L’Union européenne a aussi lancé l’an passé un programme de recherche qui cherche à atteindre ce même objectif d’ici 2024. Premier producteur mondial (60 %), la République démocratique du Congo, qui se qualifie d’Opep(Organisation des pays exportateurs de pétrole) du cobalt, est menacée.

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