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Les portes de l'angoisse

Par empontie
Publié le 1 juin 2011 à 15h47
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Je parle ici d’un phénomène très connu des habitués du continent : la porte volontairement fermée ou, pire, vicieusement entrouverte. Le préposé à l’entrée d’une banque ou d’un consulat savoure à l’avance le moment où il va vous claquer la lourde au nez, même si les heures d’ouverture et de fermeture affichées indiquent qu’elle devrait rester ouverte. C’est une forme de pouvoir, minable, dont la plupart des portiers usent et abusent à vau-l’eau, seul minuscule droit qu’ils s’arrogent, et dont ils n’ont pas envie de se priver. Et, à cause de ça, tout à coup, vous pouvez rater un avion, un virement bancaire, un papier administratif central dans vos démarches du jour, etc. Bref, perdre très gros, juste à cause d’un pauvre petit employé frustré, dernier maillon d’une chaîne hiérarchique, qui se venge de son sort et jubile de lire le désespoir dans vos yeux, exulte intérieurement devant vos supplications qui le laissent de marbre. Sauf, parfois, si vous sortez un petit billet, mais ça, c’est un autre sujet… Autre phénomène apparenté et typiquement africain, c’est cette manie, lors d’un événement important dont on est censé filtrer l’entrée, d’entrouvrir la porte ou de n’ouvrir qu’un de ses battants. Bien entendu, cela crée un goulot d’étranglement totalement inutile, qui permet aux gens de voir vaguement ce qui se passe à l’intérieur et de s’arracher les cheveux à l’idée de ne pas l’atteindre. On se piétine, on étouffe, on pousse, devant, là encore, la mine renfrognée d’un vague élément de sécurité qui fait exprès de regarder ailleurs pour vous laisser souffrir encore un peu avant de vous libérer le passage. Résultat, certaines personnes, voire un conférencier attendu ou un journaliste accrédité, bien munies du carton demandé, piétinées, écrabouillées, restent souvent plantées à l'extérieur. Un nouveau ministre en Afrique centrale, au visage encore inconnu, n’a jamais pu entrer dans une cérémonie officielle de son propre pays. Il s’était emporté, et le portier l’avait tout bonnement éjecté. C’est tout de même particulier, ce plaisir à barrer, refuser, dégager ses congénères. Une propension qui atteint, bien sûr, son point culminant à l’entrée des concerts ou des stades, où, pour le coup, tout peut dégénérer en dangereuse bagarre généralisée, aux conséquences parfois dramatiques. Pourquoi tant de haine ? Un simple retour de bâton de l’humilié à « l’humiliateur » ? Une organisation défaillante qui n’a pas encore intégré les cordons de sécurité ni instauré le système ancestral des rangs ? On s’interroge. Mais le phénomène est frappant. Insupportable aussi. Alors, franchement, à quand l’ouverture des portes, tout simplement ?

C’EST UNE FORME DE POUVOIR, MINABLE, DONT LA PLUPART DES PORTIERS USENT ET ABUSENT À VAU-L’EAU, SEUL MINUSCULE DROIT QU’ILS S’ARROGENT ET DONT ILS N’ONT PAS ENVIE DE SE PRIVER.

Par Emmanuelle PONTIÉ