Les terrasses du génocide
Des agents de l'armée israélienne détaillent le système mis en place par l'État hébreu pour éradiquer le Hamas en visant délibérément la population civile à Gaza. Interrogés de nuit, sur les toits de Tel-Aviv, dans un film qui a fait sensation au dernier festival de Venise, leurs témoignages, inédits et édifiants, sont autant de pièces à conviction…
IL Y A UN AN, La Voix de Hind Rajab, docu-fiction de la Tunisienne Kaouther Ben Hania sur une fillette tuée par des soldats israéliens à Gaza, recevait le Lion d'argent à la Mostra de Venise. On entendait sa vraie voix, mais les secouristes palestiniens qui lui parlaient au téléphone étaient incarnés par des comédiens. Cette fois, c'est un long-métrage documentaire réalisé par des journalistes israéliens qui a été récompensé (prix spécial du jury) après avoir reçu une standing ovation de près de vingt-cinq minutes. Le lendemain de la projection, le ministre de la Culture israélien, Miki Zohar, a dit vouloir leur « retirer la citoyenneté », dénonçant « une trahison envers l'État ».
Vingt-quatre officiers et soldats des services de renseignements de Tsahal racontent, dans la pénombre – leurs voix ont été modifiées –, comment ils écoutent et ciblent les terroristes du Hamas, mais aussi la population civile gazaouie. Les victimes collatérales sont baptisées « naza ». Un terme qui donne son titre au film et qui participe de la déshumanisation des Palestiniens, victimes de ce qu'un des officiers interrogés appelle sans détour un génocide. Car c'est bien un système d'éradication qui a été mis en place en réponse au pogrom sanglant du 7 octobre 2023. Sans qu'on sache s'ils sont pris de remords, ces hommes racontent comment sont écoutés les Gazaouis chez eux, le contrôle exercé sur leur téléphone, le ciblage de certains étages ou d'immeubles entiers, jusqu'aux cadavres non évacués dévorés par les chiens, comme le raconte un militaire qui a vu les images à distance. Car tout se passe souvent comme dans un jeu vidéo géré par l'intelligence artificielle. Les deux réalisateurs avaient remporté l'Oscar du meilleur documentaire l'an dernier, avec No Other Land, tourné en Cisjordanie occupée. Dans Naza, ils donnent à entendre des explications venues du cœur d'une machine de destruction massive. Produit par des Britanniques (The Guardian et le cinéaste Jonathan Glazer) avec le soutien des Français de MK2, ce film va documenter de futurs procès pour crimes de masse, à défaut de pouvoir faire bouger la société israélienne.