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L'ancien chef de l'État Macky Sall à New York, le 22 avril 2026. ALAMY
L'ancien chef de l'État Macky Sall à New York, le 22 avril 2026. ALAMY
Rébond

Macky Sall sur la route de New York

Par Zyad Limam
Publié le 8 juillet 2026 à 09h15
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L'ancien président de la République mène au pas de course une campagne pour être désigné secrétaire général des Nations unies. Un pari audacieux.

Il a 64 ans. Il a été chef de l'État pendant douze ans. Il a présidé l'Union africaine, siégé dans les formats les plus exigeants de la diplomatie internationale, les grands sommets mondiaux, invité au G7 et au G20… Il a quitté le pouvoir en mars 2024, après avoir renoncé à un troisième mandat, et ouvert la voie, malgré lui, à l'alternance. Depuis, l'ex-président cherche une scène à sa mesure. Pas forcément par ego. Mais parce qu'il est foncièrement politique, que les défis le font vivre et que la volonté d'agir ne l'a pas quitté. Le 2 mars 2026, il officialise sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, pour succéder au Portugais António Guterres, dont le mandat s'achève le 31 décembre 2026. Une candidature présentée par le Burundi, qui a fait quelques remous sur le continent avant d'être finalement largement soutenue. L'absence de soutien officiel du Sénégal est marquante, mais ce n'est pas une faiblesse incontournable. Être présenté par son pays n'est pas forcément la règle. La Chilienne Michelle Bachelet, de culture de gauche, est dans le même cas : le président Kast, élu de la droite dure, lui a retiré l'appui de Santiago le 24 mars. L'Équatorienne María Fernanda Espinosa a été présentée par Antigua-et-Barbuda, pas par Quito. Dans une stratégie d'ambiguïté, Dakar ne parraine pas la candidature, mais ne cherche pas à la torpiller.

L'Afrique présente un candidat dans une période de tempête. Même si ce n'est pas forcément son tour – la règle non écrite de rotation géographique désigne plutôt l'Amérique latine –, l'enjeu en vaut certainement la peine. Deux Africains seulement ont tenu le secrétariat général depuis la fondation de l'ONU en 1945 : l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali, de 1992 à 1996, dont le second mandat fut bloqué par le veto américain, cas unique dans l'histoire de l'organisation. Et le Ghanéen Kofi Annan, de 1997 à 2006, Prix Nobel de la paix en 2001. Pourtant, l'Afrique représente 54 des 193 États membres de l'ONU, et c'est le bloc régional le plus large. Elle doit pouvoir peser plus et mieux dans les affaires du monde.

L'élection du secrétaire général repose sur deux conditions : neuf voix sur quinze au Conseil de sécurité et aucun veto parmi les cinq membres permanents – États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni. La qualité première est donc de ne heurter personne, et tout particulièrement aucun des membres permanents. Il faut naviguer et tenir compte d'intérêts foncièrement divergents. De tous les candidats actuellement déclarés, Macky Sall est celui qui répond peut-être le mieux à la condition du « non veto ». Fort de son héritage présidentiel, il entretient des relations équilibrées avec chacun des cinq membres permanents. Il n'est pas woke pour les États-Unis, il a des relations privilégiées avec la Chine. Il connaît Vladimir Poutine. La France le soutient. Et il fait une campagne active auprès de tous les membres du Conseil de sécurité et multiplie les voyages pour aller au contact des décideurs. Objectif, on l'a dit : obtenir neuf voix sans veto.

Michelle Bachelet, personnalité marquante, est inacceptable pour Washington, jugée trop progressiste. Elle n'est pas non plus en odeur de sainteté à Pékin, du fait de ses positions affirmées sur la répression des Ouïghours. Rafael Mariano Grossi, patron de l'AIEA, est soutenu par son propre pays, ce qui reste un avantage certain. Sa faiblesse : il est « trop » proche de Washington, les médias américains titrent sur son « MAGA backing ». Ce que la Chine et la Russie pourraient trouver « inconfortable ».

Début juillet, Macky Sall et les autres candidats déclarés seront auditionnés à New York par les membres du Conseil de sécurité. Fin juillet, ce même Conseil de sécurité entame ses straw polls – des scrutins informels à bulletin secret, où chaque délégation marque chaque candidat d'un mot parmi trois : « encourage », « discourage », « no opinion ». C'est là que les vetos possibles émergent, que les candidatures non viables se retirent et que le vrai rapport de forces commence.

Mais la course n'est pas encore fermée. Il n'y a pas de date limite officielle pour déposer une candidature, et de nouveaux entrants peuvent se manifester jusqu'en septembre ou octobre. Un nom circule dans les couloirs diplomatiques, celui du Bulgare Nickolay Mladenov. Ancien coordinateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, il est aujourd'hui l'homme que Donald Trump a placé à la tête de son Conseil de la paix pour Gaza. Ce qui lui confère d'emblée la proximité de Washington.

Quel que soit le candidat sélectionné, il devra affronter une situation particulièrement critique. L'ONU traverse une crise existentielle. Les États-Unis de Donald Trump multiplient les gestes d'hostilité, lui reprochent son coût, sa bureaucratie, son idéologie. Le multilatéralisme recule partout, concurrencé par des initiatives parallèles – le Conseil de la paix de Trump en est l'illustration la plus récente… La politique de la force est de retour, de l'Ukraine à Gaza, jusque dans le golfe Persique. Les missions de maintien de la paix sont en recul. Les finances de l'institution sont sous pression, certains parlent d'une faillite possible. Les Nations unies vacillent dans un monde en plein tourment…

Macky Sall est habile. Il est politique. Il a de l'expérience. Et même si le chemin vers le bureau de secrétaire général reste ardu, sa démarche a du sens. Confier le sauvetage de la maison de verre à un Africain, un citoyen du Sud global, c'est aussi sortir de la logique des affrontements de puissances et apporter une stratégie de l'équilibre sur la scène internationale.