Maelys Plivard
Lewa, la maison sans complexe
Trois ans après son retour et ses débuts au pays, la créatrice de mode franco-ivoirienne a gagné en assurance. Elle travaille broderies et perles, elle habille Olivia Yacé… Prochaine étape: L'ouverture d'un shop pour ancrer de manière tangible son univers.
À mesure que la confiance s'est installée, l’exigence s’est renforcée. Pour Maelys Plivard, un vêtement ne se limite pas à ce qu’il donne à voir. Il doit être irréprochable jusque dans les moindres détails. Plus la vision s’élargit, plus le niveau d’exigence s’élève. Créer, aujourd’hui, signifie rêver en grand, pousser chaque pièce dans ses retranchements et refuser la facilité.
Un tournant majeur vient accélérer cette évolution lorsque certaines de ses créations sont portées par Olivia Yacé à l’occasion du concours Miss Univers [voir p. 30-31]. Au-delà de la visibilité nationale et internationale, ce moment agit comme une révélation. Voir son travail quitter l’intimité de l’atelier pour s’exposer sur une scène mondiale provoque une prise de conscience profonde. Les images circulent, les réactions affluent, et Maelys mesure alors le chemin parcouru. Ce passage de l’ombre à la lumière marque l’entrée de son travail dans une autre dimension. Cette reconnaissance se confirme à Abidjan, lors de la Fashion Week, où la créatrice présente pour la première fois une collection haute couture signée Lewa. Des pièces plus audacieuses, plus conceptuelles, révélant une facette mode et affirmée de la marque. Être reconnue dans son propre pays revêt une valeur particulière, presque fondatrice. Une fierté, mais aussi une pression saine, qui la pousse à se dépasser et à aller toujours plus loin.
Aujourd’hui, Lewa évolue à la frontière du prêt-à-porter et de la haute couture, dans une approche luxueuse où le détail occupe une place centrale sans ostentation, toutefois. Les lignes sont épurées, les silhouettes modernes, sensuelles et maîtrisées. Les perles et broderies, devenues signatures, ne sont pas seulement décoratives; elles structurent, racontent, affirment. Chaque pièce est pensée comme un objet de désir, porteur d’une vision contemporaine, élégante et assumée. Le quotidien de Maelys reflète encore cette phase de construction. La marque reste à taille humaine, presque familiale, et la créatrice est présente à chaque étape, de la conception à la production, en passant par les rendez-vous avec celles qui portent ses créations. Une proximité qu’elle revendique, convaincue que le vêtement prend tout son sens au contact du corps et de la femme qu’il habille. Sa vision de la féminité a, elle aussi, évolué. Elle est aujourd’hui libre, multiple, affranchie des définitions figées. Une féminité puissante, capable d’être douce ou affirmée, sensuelle ou discrète. Ses créations sont pensées comme des armures délicates, une forme de puissance maîtrisée, élégante, permettant à la femme de se sentir pleinement en confiance, sûre d’elle.
Désormais, Maelys refuse les références imposées. Elle crée à partir de son propre langage, fidèle à son univers, tout en restant dans l’échange. Le regard extérieur n’influence pas ses choix, et seule compte la direction qu’elle a décidé de donner à Lewa. La machine est lancée, le virage est assumé. La prochaine étape se profile déjà avec l’ouverture d’un espace physique, pensé comme une extension naturelle de la marque. Un lieu ancré, tangible, permettant de donner une nouvelle dimension à l’univers Lewa. À plus long terme, la créatrice imagine une marque appelée à grandir, à voyager, à se structurer, sans jamais perdre ni son mystère ni son essence. Un label durable, sincère, construit dans le temps, à l’image de son parcours personnel.