Mahi Binebine
Le plasticien et romancier marocain, auteur des Étoiles de Sidi Moumen et de La nuit nous emportera, entre autres, signe un premier recueil de nouvelles, Nokta.
Puisant dans son vécu et dans son histoire familiale, Mahi Binebine explore l'absurdité de l'existence, les coups du destin bousculant son esprit cartésien, les ironies du sort, au fil de 23 histoires entre contes et tranches de vie, à la fois cocasses, croustillantes et émouvantes, empreintes de sagesse, de poésie, de philosophie mystique et de sarcasme. Passé maître dans l'art du tragi-comique, l'artiste aux éclats de rire généreux a fait de l'humour une planche de salut. Nokta ne signifie-t-il pas « blague » en darija ? Comme il le note : « La vie adore se moquer de nous. » Mû par la nostalgie, il dresse le portrait de sa ville de cœur, Marrakech, avec ses légendes, ses fantômes, la médina « couleur de pain cuit » de son enfance, dont il observe les profonds changements au fil du temps. Évoquant ses rendez-vous manqués avec le pouvoir – son bref échange avec Sa Majesté, la visite de son atelier par un président français, alors qu'il est encore « Momo, plasticien émergent » –, il raconte aussi les coulisses du monde littéraire, ses déboires (plagiat, concurrence…), la littérature, telle «une blessure tenue droite».
Sa plume se fait poignante quand il creuse « les sombres sous-sols de l'humaine condition » : la mort de la photographe Leila Alaoui, sa « petite sœur », tuée en 2016 par des terroristes à Ouagadougou lors d'un reportage, ou cette lettre déchirante adressée à un enfant palestinien, en écho au génocide à Gaza. Tels les conteurs de la place Jemaa el-Fna qui le captivaient enfant, il a le sens de la formule, du rythme, du mot juste, cisèle ses phrases et fait mouche. À l'image du mythe camusien de Sisyphe, qui fait rouler son rocher malgré le malheur et l'absurdité, Mahi Binebine continue de résister, de lutter, de créer : « On écrit pour ne pas céder au vertige. »