MAUVAISES MANIÈRES
A FAISAIT LONGTEMPS QUE J’AVAIS ENVIE D’ÉPINGLER les manières in-suppor-ta-bles des grands-quelqu’uns d’Afrique centrale. Donc, tremblez, patrons, DG et autres gros frimeurs qui vous croyez un peu trop les rois du monde. Ça va être votre fête! Mais, quand même... Cette attitude qui consiste à ne jamais rappeler les gens, à ne jamais faire ce qu’on dit, à ne jamais être à l’heure, à ne jamais payer à temps ses créanciers, alors que l’on est blindé et qu’on collectionne tous les signes extérieurs de richesse les plus lourdingues, de la Porsche Cayenne à la montre monstrueuse en platine avec diams... Eh bien, ça fatigue. Ça lasse.
Certes, on sait que selon l’héritage féodal qui règne dans ces zones culturelles un grand chef est respecté par le groupe seulement s’il est le plus riche, en têtes de bétail hier, et en villas châteaux construites en forme de gâteau à la crème aujourd’hui... Mais, manque de bol, les choses évoluent, messieurs. Vous êtes, malgré vous et vos habitudes, entrés dans le grand tourbillon de la mondialisation. Il va peut-être falloir s’adapter, comprendre que tout le monde est jugé aujourd’hui sur son travail, ses performances, et non plus seulement sur le paraître et sur son dernier portecigares en peau d’autruche. Et il faut le dire à vos enfants, qui parlent mal à leur institutrice parce qu’ils méprisent déjà le « petit peuple », ou à votre épouse qui rabroue son chauffeur en public, cachée derrière ses grosses lunettes noires à motif clinquant doré sur les côtés et brandissant son énorme sac Vuitton.
APPRENEZ À DIRE AU REVOIR, MERCI OU À BIENTÔT. ADOPTEZ LA « CHIC ATTITUDE ». LA VRAIE.
Vous allez vite être has been, et vous le comprenez déjà lorsque vous voyagez. Personne ne calcule à l’étranger vos gesticulations snobs et stériles. Bosser, sourire et respecter l’autre, quel que soit son grade, sont tellement plus payants. Ça commence, d’ailleurs, autour de vous. Peu à peu, les jeunes générations du privé y viennent. On rencontre des chefs qui sont plus simples, décontractés, qui vont à l’essentiel. Et ne copient plus forcément papa. Alors, réfléchissez, messieurs (et vos dames aussi, multiples « bureaux » compris...). Cessez ces petits grognements très mal élevés quand vous raccrochez le téléphone. Apprenez à dire au revoir, merci ou à bientôt. Adoptez la « chic attitude ». La vraie. Et, surtout, ne méprisez plus personne. Ça ne vous grandit plus... .
Par Emmanuelle PONTIÉ