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Méchants organisateurs

Par empontie
Publié le 7 décembre 2011 à 21h10
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Vous, lecteurs, êtes souvent spectateurs des grands événements culturels ou autres qui ont lieu en Afrique. Mais ce que vous ne savez peut-être pas (et tant mieux pour vous !), c’est à quel point c’est un calvaire, neuf fois sur dix, pour les festivaliers, invités, VIP ou pas VIP. Pour tous, à un moment donné, ça sera la course aux billets d’avion, impossibles à récupérer à moins de quelques heures du départ, la folie pour obtenir une accréditation, un badge, une chambre. L’enfer des attentes, les fesses posées sur votre valise dans un hall d’hôtel, en attendant que les organisateurs, fuyant à qui mieux mieux, viennent enfin payer les réservations en cash, plus personne dans le pays, après un cocktail d’ardoises accumulées les années précédentes, ne leur faisant confiance. On peut même chercher au dernier moment à vous coller à deux ou trois par chambres, sans aucune honte. Neuf fois sur dix encore, les aficionados des per diems offerts par l’organisation peuvent se brosser, au mieux jusqu’au jour du départ. Et tout est à l’avenant : la voiture que l’on vous a allouée s’est volatilisée, les cartons d’invitation pour les cérémonies d’ouverture, de clôture n’arrive jamais, etc. Et pourtant, l’histoire commence toujours comme dans un conte de fées : « Vous êtes invité à tel événement, on y tient beaucoup, on vous assure que vous aurez ceci et cela, tout est organisé, pris en charge, bla-bla… » Mensonge, mensonge ! Une fois arrivé sur place, épuisé par un vol d’une compagnie qui vous a fait faire le tour de l’Afrique par souci d’économie, on vous largue comme un paquet, sans info, sans soutien, sans aide. Bref, minable. Pire, lorsque vous râlez,et c’est bien là le problème, on vous prend pour un emmerdeur. On pense que vous exagérez, que vous devriez quand même être bien content d’être là, que le pauvre créateur de l’événement s’est saigné aux quatre veines pour cette manifestation, que sans lui l’Afrique culturelle n’avancerait pas… Bref, c’est lui qui est à plaindre ! Alors, franchement, à tous les organisateurs orgueilleux et fiers de leur concept « génial », « tellement au service du continent », de grâce, je dis : changez de métier. Car vous ternissez encore plus l’image de l’Afrique et des Africains, si vous n’avez pas les moyens de faire bien, de faire mieux. Passe encore pour une faute de jeunesse et les premières tentatives, mais lorsque l’on a plusieurs éditions au compteur, comment peuton religieusement reproduire à ce point les mêmes erreurs passées ? Trouvez des fonds, des partenaires sérieux, préparez à l’avance, évitez de trop puiser dans la caisse pour vos faux frais, de mettre des membres inexpérimentés de votre famille aux manettes, par radinasserie. Et alors là, oui, organisez ! Et vous deviendrez de vrais génies, porteurs d’une idée, d’une création, d’une réussite. On vous encensera, on vous remerciera et on reviendra l’année suivante. Attention, personne en particulier n’est visé par ces lignes. Parce que, malheureusement, tout le monde l’est plus ou moins. Allez, sans rancune !

Par Emmanuelle PONTIÉ