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Rendez-vous

In Minor Keys, la Biennale de Koyo

Par Luisa Nannipieri
Publié le 7 mai 2026 à 15h12
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Koyo Kouoh nous lègue une exposition et une vision de l’art plurielles, intuitives et polyphoniques, qui invitent à remettre au centre et à écouter tous les artistes.

MIRJAM KLUKA
MIRJAM KLUKA

La date d’inauguration de la 61e Biennale d’art de Venise approche. Le premier anniversaire de la mort de sa curatrice, Koyo Kouoh, aussi. Un mois avant sa disparition prématurée, elle avait finalisé un texte curatorial que les organisateurs ont tenu à respecter, lui donnant corps avec le soutien de son équipe : Marie Hélène Pereira (son bras droit dakarois), Gabe Beckhurst Feijoo, Rasha Salti, Siddhartha Mitter et Rory Tsapayi. Elle avait également choisi le titre de l’événement : In Minor Keys, « en tonalités mineures », est une invitation « à écouter les signaux persistants de la terre et de la vie, en résonance avec les fréquences de l’âme ». 

Mulindwa Peter, The Owl Death, 1982. MULINDWA PETER
Mulindwa Peter, The Owl Death, 1982. MULINDWA PETER 

Souvent associées à l’étrangeté et à la douleur en musique, les tonalités mineures de Koyo entendent aussi manifester la joie, l’espoir et la transcendance. Elles composent une harmonie et fusionnent dans un assemblage polyphonique, qui met au centre les artistes et leur démarche créatrice, leur dévouant une foi profonde. Lors d’une dernière réunion à Dakar, sous un manguier, dans la cour de RAW Material Company, le centre culturel qu’elle a fondé et dirigé pendant dix-sept ans, elle a cartographié pratiques et projets autour du globe, identifiant les thèmes de l’exposition, tels l’enchantement, la fertilité et le partage. À son équipe revient la tâche de concrétiser la musique qu’elle avait composée. Une constellation de motifs conceptuels – et non de sections – mise en valeur par les scénographies de Wolff Architects. Les œuvres de 111 artistes internationaux (l’absence d’Italiens a donné lieu à une polémique dans le pays) sont réparties suivant des convergences de sujet ou de méthode, donnant lieu à une complexe géographie de relations et à une partition collective qui stimule tous les sens. 

MULINDWA PETER
MULINDWA PETER 

On part du Pavillon central avec « Autels », qui rend hommage à deux créateurs passionnés, Beverly Buchanan et Issa Samb, cofondateur du collectif révolutionnaire Laboratoire Agit’art à Dakar, mentor et grande source d’inspiration pour Koyo. Viennent ensuite « La Procession », inspirée des carnavals afroatlantiques, et « Place au repos », qui invite au ralentissement et à la contemplation. Enfin, « Écoles » évoque l’engagement de Koyo pour la création d’institutions dédiées à l’art. À Dakar, Nairobi, Kumasi, Lagos, New York ou Cali, sont nés de véritables écosystèmes, des réseaux construits et soutenus par des artistes, entre local et transnational, dans cette symbiose génératrice si chère à la curatrice.

IN MINOR KEYS, 61E BIENNALE D’ART DE VENISE, 
Venise (Italie), du 9 mai au 22 novembre. labiennale.org