Naïl Ver-Ndoye
L'historien, auteur et enseignant franco-sénégalais cosigne un beau livre pour enfants, On dit que les girafes sont en Afrique, lauréat du prix de l'Édition jeunesse africaine. À travers le récit initiatique d'un oiseau migrateur, il déconstruit avec poésie et pédagogie les clichés autour du continent.
Saya est une petite cigogne qui effectue avec ses parents sa première migration de l'Europe vers l'Afrique pour l'hiver. Curieuse et impatiente, elle rêve de rencontrer ces fameux animaux sauvages dont on lui a tant parlé : les girafes. Mais une fois arrivée sur le continent, de rencontres en péripéties, l'oiselle va découvrir d'autres réalités. Conte initiatique empreint de poésie, de finesse et de touches d'humour, On dit que les girafes sont en Afrique pointe, à hauteur d'enfant, les clichés et les idées préconçues, soulevant cette question qui concerne petits et grands : est-ce que tout ce qu'on dit sur l'Afrique est vrai ? Lauréat 2026 du prix de l'Édition jeunesse africaine (catégorie « histoire et roman jeunesse »), l'ouvrage est le fruit d'une aventure collective entre la France et le Sénégal. Écrit à quatre mains par « deux enfants de la diaspora », Naïl Ver-Ndoye et Farid Malki Paul, magnifiquement illustré par le trait et les couleurs de la dessinatrice sénégalaise Audrey Sakho, il est paru chez Saaraba, une maison d'édition basée à Dakar. Ravissant les jeunes lecteurs, ce livre est aussi un outil pédagogique pour les enseignants des deux pays.
Le coauteur franco-sénégalais a eu l'idée de cette histoire il y a plus de dix ans. Alors qu'il est professeur des écoles en France, il fait ce triste constat : les événements consacrés à l'Afrique dans les établissements scolaires véhiculent une vision réductrice et faussée du continent. « Rien d'africain n'était représenté, que ce soit dans les chorales ou parmi les personnalités mises à l'honneur – souvent afro-américaines. L'image diffusée tournait autour du monde de Kirikou, de la faune et de la flore, des cases, du village. » Riche de ses voyages et de son vécu au Sénégal, il a à cœur de raconter une Afrique contemporaine, urbaine, mondialisée, avec ses grandes capitales en effervescence, en construction, dotées de gratte-ciel. Lui qui croit au pouvoir des histoires pour forger l'imaginaire dès l'enfance s'attelle à cette tâche : « Il faut construire un nouveau narratif. »
Enfant, Naïl Ver-Ndoye, qui a grandi en banlieue parisienne, manifeste très tôt un intérêt pour la géographie – discipline qu'il enseignera plus tard au collège, avec l'histoire –, captivé par le globe terrestre. Diplômé d'une double maîtrise, en histoire contemporaine et en droit public, il effectue six mois d'études à Dakar, à l'Université Cheikh Anta Diop. « Vivre en Afrique m'a donné une consistance, une expérience. En France, j'étais entouré de gens de la diaspora qui idolâtraient l'Afrique. Sur place, la réalité était plus complexe que mes beaux discours. Afro-optimiste, je suis revenu afro-réaliste. » Il est actuellement délégué général du réseau des instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation – centres de formation du personnel.
En 2018, dans cette optique d'éduquer le regard, de changer les perceptions, il cosigne l'ouvrage Noir : entre peinture et histoire (Omniscience), revisitant l'histoire de l'art européen à travers la représentation des Noirs dans la peinture, du xive au milieu du xxe siècle. « Les représentations ne sont pas si caricaturales à la Renaissance, contrairement au xixe siècle. » La présence africaine en Europe est très ancienne, et ne se limite pas à l'esclavage et à la colonisation. Pour reprendre Alain Mabanckou, cité en exergue du livre : « L'histoire de la France est aussi cousue de fils noirs. »